Le petit Arnaud est né en 1972 (ça ne vous rajeunit pas ? moi encore moins !!!) de parents accessoirement instits et surtout d’un père fondu d’aquario. Il faut se remettre dans le contexte : 1972, grande époque du discus, apparition des premières vagues de cichlidés américains etc. Pour avoir une idée de la technique à se moment là, ouvrer le marabout de l’aquarium d’eau douce, première édition ; vous comprendrez ce que je veux dire…
Bref je suis né entre 2 aquas, et j’ai passé l’essentiel de mon temps, avant de savoir marcher, à ramper devant les bacs et à observer la repro des corydoras, des discus etc., dont mon père était fana.
J’ai dû avoir mon premier bac à moi vers 1 ou 2 ans – je m’en souviens très bien, c’était une petite cuve nue, avec un caillou et une grenouille verte. La grenouille a laissé la place à un poisson rouge, et vers 4 ou 5 ans, à des guppies. Et un soir, rentrant de l’école : des alevins de guppies. J’étais au CP, et depuis, la passion de l’élevage ne m’a jamais quitté. Je suis passé de suite au combattant, puis à toute la famille.
C’est devenu une passion dévorante qui a m’a d’abord rendu dingue, puis qui a fait perdre la boule à ma tendre moitié. On s’est retrouvé avec 17 bacs dans un studio sous les toits – vous voyez le genre ! Le pire n’était pas tellement les bacs, d’ailleurs. Non, le pire, c’était les livres d’une part (une énorme collection d’ouvrages de toutes les époques, du XVIII° aux derniers parus), et d’autre part, surtout, surtout, les élevages parallèles (drosos, grindals, ténébrions, grillons…tout ce qu’il faut !), sans compter le « petit matos »,

vue d'ensemble du bac. J'ai beau faire, ça fait toujours un bazard autour...
tous ces petits trucs qui prennent une place folle et donnent toujours un sentiment de capharnaüm, les bouts de tubes, robinets, éponges…vous voyez ce que je veux dire ?
Bref un jour le clash conjugal, CAF vers -270°C et en gros « choisi entre les cuves et moi ». Bon…on a déménagé et je suis resté presque 6 mois sans bac ! A force de persuasion… petit à petit…Ma moitié a accepté UNE cuve. « Mais avec des poissons clowns et une anémone ». Ca ne m’enchantait pas plus que ça, pour plusieurs raisons. D’abord, parce que à choisir, j’aurais voulu des hippocampes. (Qui font des jeunes tout le temps, y’a vraiment que la repro qui m’intéresse !) Ensuite, parce que anémone = invertébrés, et que les invertébrés et moi… Et puis surtout, l’eau de mer, ça ne me disait pas plus que ça. Les machins tout colorés et sans aucune classe, pas trop mon truc. Parlez moi d’un betta fusca, oui, ça ça a de l’allure ! Impérator ? KOISSA ???? Le machin peint à la main pour les touristes ?
Ce que femme veut, dieu le veut…je suis passé à l’eau de mer.
Avec clowns et anémones. Vous auriez deviné ? Cette cuve faisait 96 litres, bidouillée de partout, et j’y ai fait mes premières armes, il y a maintenant…houlà, je n’ose même pas compter.
Et vite, très vite, je me suis rendu compte que si les poissons marins n’avaient pas un grand attrait pour moi, les invertébrés par contre, étaient un champ d’étude fabuleux. Du coup, changement de bac, exit les anémones, et vive les sps !
J'ai tout de suite été fasciné par la variété des ivertébrés
J’ai donc monté mon bac actuel. Quand on le voit en photo on se dit « plutôt sympa ». Mais à y regarder de plus près, je me rends compte avec le recul des années, qu’il est bourré d’erreurs de conceptions, qui me compliquent grandement la vie.
Il faut préciser que j’avais un tout petit budget pour monter cette cuve, j’ai donc beaucoup bricolé et récupéré. Voyons point par point la conception de ce bac et comment j’analyse sa pertinence avec le recul.
La cuve :
Evidemment, le premier élément à trouver. Gil_R avait une cuve d’occase de 450 litres, qu’il m’a offerte. C’est une cuve standard de 150*50*60. Ca peut sembler très bien, mais avec le recul, c’était ma première erreur. En réalité, si c’était a refaire, je crois que j’achèterai une cuve (ou la fabriquerais) avec des proportions contraires : 150*60*50, voire peut-être encore plus trapues, genre 120*70*50 ou 120*60*60. La forme actuelle pose des problèmes de décoration, de brassage, et dans une moindre mesure d’éclairage. Comme beaucoup je n’ai pas prêté suffisamment d’attention à la géométrie du bac, et je le regrette. Aujourd’hui, je me heurte à des problèmes de disposition des invertébrés (manque de surface pour la croissance, mauvaise disposition sous la lumière et le brassage), à des problèmes de sédimentation (accès difficile derrière le décor). Voire sur cette question l’article « brassage »
La cuve quand je l'ai récupérée (merci Gil_R!)... fallait quand même avoir le courage de se lancer avec un truc pareil! Mais je suis plutot optimiste dans l'ensemble! lol
La cuve n’était pas percée et dans ma conception berlinoise des choses, il fallait y remédier. Deux options, trop-plein par siphon (type système tunze) ou perçage. J’ai fini par opter pour le perçage, et je ne le regrette pas. Par contre, là encore, j’ai voulu faire au plus simple et je m’y suis mal pris. En réalité, le bac est percé par un petit coté, et le débordement se fait directement dans le tube d’écoulement.
l'écoulement se fait par surverse directe, à travers une crépine assurant tout de même une certaine sécurité
Au fil du temps, j’ai fini par admettre que cette solution n’est pas optimale. Il me semble clair que l’écoulement devrait se faire dans une chambre séparée, avec peignes, la chambre elle-même étant percée. Deuxième erreur !
La décantation :
Pas difficile, comme je le disais, je démontais un 96L pour passer au 450. La cuve du 96 a donc été naturellement recyclée en décantation. Ca non plus, ce n’est vraiment pas idéal, pour un tas de raison !!! D’abord, je n’ai pas de chicanes. Ensuite, la cuve est assez haute et étroite, ce qui ne facilite pas l’accès dans le meuble.
la décant est mal pensée, entre les ecumeurs, les élevage, pas un cm de libre...
Ensuite, elle est trop longue, consommant pas mal de place entre la cuve et le meuble, là où j’aurais aimé mettre une réserve d’eau par exemple. Là encore le matériel standard à montré ces limites. Une cuve plus plate aurait été bien plus pratique, ne serait-ce que pour pouvoir facilement manipuler les deux écumeurs. (À l’origine il n’y en avait qu’un)
L’équipement électrique :
Depuis toujours, j’utilise les câbles, rallonges triplettes etc. en lieu et place du tableau électrique. C’est également une erreur. Ca m’a valu un nombre de plombs sautés et d’inondations incalculable. Par contre, tout mon bac est divisé en deux « zones » électriques, c'est-à-dire avec deux alimentations distinctes au compteur. Ainsi, si un plomb vient à sauter, la moitié de l’équipement (moitié du brassage, moitié de l’éclairage, moitié de l’écumage etc.) reste assurée. Bien entendu, si le compteur général saute, tout saute.
Le chauffage est assuré par un combi classique dans la décant, de 300W. Comme je ne dispose pas de système d’osmolation, il arrive que le niveau dans la décant baisse, ce qui fait que j’en ai fait éclater plusieurs.
A l’origine, le brassage était assuré par une foultitude de petites pompes type MJ, et par deux 802 « kitées » à 2000L/H. Depuis, les MJ sont parties au paradis des pompes d’aquariums, et ont été remplacées par une puis par deux streams 6080 (8500L/H). Le brassage total est donc d’environ 25m3 par heure. Pour les motifs de ces choix, je vous invite à consulter encore l’article « brassage ».
La remontée est assurée par deux pompes. Principalement, par une pompe resun SP9000 de 3500 litres par heures. Accessoirement, par un filtre extérieur « eheim » d’environ 1500L/H, rempli de zéolithe. (Soit 5 kg). La circulation totale est donc d’environ 3800L/H (réels).
L’écumage est assuré par deux écumeurs. Ils sont montés en parallèle dans la décantation. On lit souvent que ça ne fonctionne pas, l’un prenant le pas sur l’autre, etc.…je n’ai jamais rien noté de semblable. Quand l’un des deux vient à s’arrêter pour une raison ou une autre, l’autre ne change pas de comportement. En tout cas, pas de façon visible à l’œil nu. Le premier des deux est un HS 110/2000 interne, avec une pompe aquabee de 2000L/H à dispergation. Le second est un PS700, monté sur une seconde pompe resun SP9000 de 3500L/H, l’injection d’air étant faite par un Giffard classique. Les deux ont des performances sensiblement égales. Mais là encore, un seul écumeur, beaucoup plus gros, serait plus pratique (à défaut d’être plus performant), pour des raisons de place. D’un autre coté, en cas de défaillance d’un écumeur, il en reste toujours un en service.
Au début j’avais seulement le HS. Mais au fil du temps ma population en poissons est devenue proprement indécente,
J'ai parfois vraiment passé les bornes...
et l’écumeur est devenu franchement insuffisant.
Les poissons aussi, sont sympas vus par le dessus!
J’ai eu l’occasion de récupérer le deltec, et je m’en félicite. Cependant, le résultat est que dans la décantation j’ai :
-la prise d’eau du filtre eheim
-le chauffage
-deux pompes SP9000
-une pompe aquabee 2000
-deux écumeurs.
La décantation faisant 80*30 en surface, autant vous dire qu’elle est pleine à craquer ! Et donc ce n’est plus réellement une décantation, seulement un compartiment technique. Cette partie serait entièrement à revoir. Une cuve plus vaste, plus plate, avec chicanes et réserve d’eau, et un gros écumeur externe me semblent aujourd’hui bien plus indiqués !
L’osmolation :
Je vais réclamer une médaille, car pendant toutes ces années, j’ai préparé chaque soir, à la main des bidons de 5 litres d’eaux de chaux. Pas de RAC, pas de RAH, tout à l’os ! Mais là je fatigue je dois dire. De plus, les variations de salinités entraînent des développements d’algues assez ennuyeux, même si ils sont limités. De plus un osmolateur me simplifierait les choses en permettant d’installer un RaH. J’ai eu dernièrement de gros soucis d’alcalinité basse, qui m’ont conduit à me tourner vers une solution que je n’aime pas du tout, le B-ionic. Solution temporaire et moindre mal, il faut que je trouve mieux.
L’éclairage :
Au début j’ai tourné avec juste 150w et un tube bleu de 20w (et ça poussait très bien !) puis plus pour des problèmes d’angle d’éclairage que de puissance, je suis passé à 2*150.
l'éclairage d'origine, 2*150W. L'angle trop fermé des projecteurs ne permettait pas un éclairement harmonieux.
Mais là encore, ça ne me convenait pas, une lumière mal répartie me posait des problèmes de disposition des animaux. J’ai donc décidé de tenter autre chose : 150w central, plus 2t5 de 54w. La cata !!!! En quelques jours, tous mes acros sont devenus maronnasses, explosion d’algues, bénitiers fermés ! Je suis donc revenu illico presto à deux fois 150W mais le mal était fait. Depuis pas loin de 4 mois, je rame pour remonter la pente !
Des touffes éparses de bryopsis, résistantes, dernières traces de la "Cata T5".
Cet épisode T5 est certainement la plus grosse boulette que j’ai faite à ce jour. Bizarrement (alors que les 108W de T5 éclairaient beaucoup moins que un hqi de 150W), plusieurs coraux durs ont brûlés en 72 heures sur toutes les faces éclairées, seules les parties inférieures restant vivantes. Les algues qui ont profité de cet incident (notamment des filamenteuses et pas mal de bryopsis) commencent seulement à régresser, près de 4 mois plus tard.
les T5 ont été reconvertis en tubes bleus
Bac seulement sous T5 bleus
bac tout allumé
En gros, il a fallu trois mois pour que le bac retrouve un aspect sain, et c’est donc seulement depuis un mois que le bac « repart » de nouveau. Les T5 ont été reconvertis en actiniques, et l’éclairage principal est désormais de 2*150 (10 heures) + 250 W (3 heures) + 2*T5 54w (bleus – 14 heures).
A noter que la lumière m’a récemment joué un autre sale tour !!!
Suite à l’incident T5 (je devrais dire « accident ! ») les coraux avaient cessé de pousser. Donc mon taux de Ca++ et mon Kh se maintenaient à peu près… disons vers 500 / 7. Or, il y a eu le mois passé quelques beaux jours, et le matin, le soleil tape direct dans le bac. Les coraux qui commençaient à reprendre un peu, ont repoussés de façon fulgurante ! J’étais content – j’aurais dû être plus circonspect… Un matin, mous fermés, sps fermés et plein de mucus…Vérification rapide : Ph 7.5, Ca++ 280, Mg 950, Kh 2 ! L’alcalinité s’était effondrée en 15 jours ! Gros changement, d’eau, et appui de l’alcalinité avec du B-ionic, en 3 ou 4 jours, tout est redevenu normal. Je tiens à ce sujet à dire que non, ce produit n’est pas miraculeux, non, l’utiliser en lieu et place d’un RaC, RaH et changements d’eau n’est PAS une bonne idée. J’ai toujours médit sur ce concept et je continue. Si je l’utilise aujourd’hui, c’est tout en étant conscient des limites du système, et parce que j’ai choisi « le moindre mal ». Mais un crash de bac récent m’a convaincu définitivement que la prudence s’impose. Ceci étant, c’est effectivement très pratique pour pallier à des problèmes PONCTUELS d’alcalinité. J’aurais pu tout casser sur ce coup là…et je crois que ça c’est joué à quelques heures. On n’est jamais assez vigilant ! J’ai eu beaucoup de chance.
Les NO3 :
Je me suis bricolé toute une collection de DAS, DAS+RAC, depuis mes tous débuts. Je fais partie de ceux qui pensent que ce système est valable en récifal. Si il n’est plus en service actuellement, c’est à cause d’un défaut de conception – ma faute, pas la faute du système.
Un énième prototype de DAS...
Un joint mal adapté a fini par lâcher, ce qui a « by-passé » le circuit d’eau, rejetant dans le bac une eau super acide et hyper riche en Ca++. Je me suis retrouvé avec tous les coraux fermés, poissons apathiques…vérification faite, PH < 7.5 (le test descend pas plus bas), et Ca++ 960 mg/L (record à battre !). 50% de changement d’eau en urgence (merci à Jacky qui m’a prêté sa camionnette pour transporter les bidons !) mais comme le veut la loi de Murphy, « moins on pédale plus vite moins on plus avance plus doucement »… le lendemain, sûrement sous l’effet combiné du changement d’eau et de la poussée de Ca++, les bénitiers pondaient…et ops, encore un aller retour avec pleins de bidons… et là, je vous assure qu’on envisage de tout laisser tomber…
La population :
Je vous passe l’inventaire des poissons, proprement scandaleux.
On va noter quand même la présence d’un couple d’ocellaris. Ils pondaient tout le temps dans le 100L, maintenant ils ne pondent plus depuis qu’ils sont dans le grand bac. Allez comprendre. Un couple de Bispinosus (les invertos ? ça va merci) pond chaque soir (voir cette video). Les cyanea pondent également tout le temps, ainsi depuis peu, que le couple de labres hexataenia. Le couple de loriculus parade à l’occasion, mais pour l’instant pas un œuf.
les loriculus paradent parfois, mais pas encore un oeuf de visible.
Dans le bac il y a aussi plusieurs couple de gobies que je ne vois JAMAIS,
les gobies sont vraiment de chouettes animaux, mais trop discrets
ainsi qu’un adorable lepadogaster de méditerranée (qui a plus que doublé de taille en un an, la vache !). En tout, pas loin de 40 poissons…
Coté invertébrés :
Environ 30 boutures d’acros, généralement arrivées sous formes de pointes de 1 à 3 cm, qui font maintenant entre 8 et 20 cm,
Les sps se portent plutot bien. Celui-ci a beaucoup souffert sous T5, et a été bouturé. Les fragments semblent bien repartir.
une demi douzaine de bénitiers,
Le benitier a de petits voisins que mes visiteurs aiment bien!
tous crocea sauf un charmant petit maxima sympa comme tout, encore une 30° de pieds divers,
Turbinaria sp (Obsenicus???)
la beauté est dans la diversité.
monti, poscillo,
depuis, cet animal magnifique a énormement souffert.toujours entre la vie et la mort.
stylo seriatos ainsi que quelques mous, qui pour quelque obscure raison, ne se sont jamais vraiment plus chez moi.
En conclusion…
Depuis que j’ai commencé ce bac, j’ai dû perdre en tout une demi-douzaine de poissons et autant de coraux. Parfois de ma faute, parfois sans raison valable…
Vous aurez remarqué que cet article est surtout un empilement de boulettes. Je crois très sincèrement qu’il est plus profitable d’évoquer ces erreurs et ce que l’on en apprend que de se rengorger à regarder les plus belles pièces qui ont survécu à la dernière catastrophe. Un récif captif est un milieu hautement instable où il est impossible de tout maîtriser. Comme disait je ne sais plus qui (mais il avait raison) « la santé est un état précaire qui ne laisse présager rien de bon ». J’ai tué stupidement quelques animaux, il faut le reconnaître. J’en ai sauvé aussi quelques-uns qui sans ça seraient rapidement morts, soit chez les commerçants, soit dans les bacs d’aquariophiles du dimanche.
Ce que je regrette le plus, c’est qu’en eau douce, j’ai fait entrer dans mes cuves quelques dizaines d’animaux sauvages, et c’est par milliers que des animaux en sont sortis vers différentes destinations.
Pour tenter de récupérer plus facilement les pontes, je propose depuis peu cet abris artificiel aux cyanea.
En eau de mer, l’élevage balbutie,
un équipement minimaliste permet de tenter la repro
et personne ne semble s’en soucier. C’est pourquoi désormais, à l’exception du Pygo, tous mes animaux arrivent en couple, et je me penche très sérieusement sur la question de l’élevage. Pourquoi s’arrêter aux invertébrés, alors que les poissons, bien tenus, ne demandent qu’à pondre ?