Suite au topo de la situation dans la première partie de cette saga, je vous propose de revenir sur le détail des erreurs qui m’ont mené à ce clash et sur la présentation de mon « nouveau » bac…
Rappel des erreurs que j’ai pu relever
1) les grilles en plastique
2) bac trop vite peuplé
3) essai de bac « hybride »
4) et 5) peuplement du bac à « la berlinoise »
6) le brassage
7) l’introduction des pierres « polluées »
Première remarque : il se peut que j’ai commis d’autres erreurs que je n’ai pas listées ici, soit parce que je les ai oubliées, soit parce que je ne les ai pas remarquées. Peut-être aurez vous des suggestions que je vous invite à me proposer à la fin de cet article dans les commentaires.
Détaillons un peu chacune de ces erreurs
- Ces fameuses grilles en plastique que j’ai utilisées.
J’ai passé beaucoup de temps à chercher les grilles qui me paraîtraient les mieux adaptées pour la confection de mon plenum. Certains préconisent l’utilisation de grilles de filtre sous sable, n’en disposant pas d’en ma région et ces dernières étant assez onéreuses en vpc je me suis mise en quête de grilles de substitutions. La plupart ne me convenaient pas, soit par leur dimensions (trop grosses, trop hautes, trop larges, les trous n’étaient pas assez ou trop espacés etc.), soit par leur nature (pvc non alimentaire, peintures douteuses, résistance inadaptée…) Mon choix s’est donc porté sur des sortes d’égouttoirs à vaisselle en pvc alimentaire. Ces derniers étaient de couleur verte ou bleue mais cela ne m’a pas inquiété sur le moment, je pensais qu’un produit teinté dans la masse ne pouvait pas se décolorer. Ce fut une erreur car en démontant ces fameuses grilles lors de la réfection du bac, je me suis rendu compte qu’elles étaient passées d’une jolie teinte colorée à un jaune p…du plus mauvais goût. J’en ai donc déduit que tout les produits composants la peinture sont forcément passés dans l’eau de l’aquarium et que cela ne devait pas être l’idéal pour maintenir des animaux dont la fragilité n’est plus à démontrer.
2. J’ai commis le péché de tentation, je n’ai pas pu résister, il a fallu que je peuple rapidement mon bac.
Imaginez, passer d’un 200 litres très modérément peuplé à un 450 litres soit plus du double ça fait quand même comme un grand vide. On se lasse rapidement de voir un seul poisson tourner en rond et s’ennuyer dans son grand bocal et voir 3 ou 4 polypes décimés par-ci par-là et puis les bacs des copains sont tellement beaux avec leurs myriades de couleurs…
De plus, je me suis dis dans ma petite tête que mon bac n’était pas vraiment tout neuf étant donné qu’il résultait du transfert de deux bacs (très sains) successifs, les pierres étaient franchement bien colonisées et le sable plus que vivant. Et puis, ce ne sont pas un ou deux poissons de plus et quelques polypes qui vont déstabiliser un tel volume. J’ai encore de la marge… Ben pas tant que ça, mon p’tit bonhomme…J’ai quand même pas mal pesé le pour et le contre avant l’introduction de nouveaux pensionnaires, je me suis renseigné, je me suis concerté avec des amis connaisseurs, j’ai essayé d’évaluer les risques et j’ai craqué, achats parfois impulsifs (il est tellement beau !!), compulsifs (il me le faut !!!). Et on accumule (la gourmandise est plus qu’un vilain défaut), on repousse les limites, on est sûr de soi et de ses compétences (la vanité et l’orgueil sont aussi des péchés).
3. La fameuse méthode « Jauberlinoise », néologisme de Marc Langouet, pour définir le « mix » de la méthode Jaubert et de la méthode « Berlinoise ».
Quelle bonne idée que de vouloir tirer avantage de deux méthodes qui ont fait leurs preuves. Ben oui, ça serait pas cool un bac nickel propre comme un berlinois, sécurisant car toujours nettoyé par cette fabuleuse machine qu’est l’écumeur, permettant toutes les folies au niveau de la population : viviers à poissons, sps qui se sentent comme des poisons dans l’eau, redox hyper haut…ET un bon lit de sable sur plenum qui garantirait une bonne réduction des nitrates, une bonne alcalinité, un RAC intégré, une micro faune abondante… Je ne vous donnerai pas (encore) mon avis là-dessus, je planche encore sur la question (je vous avoue que cela me fascine et que mon but final en aquariophilie récifale est de pouvoir concilier les deux méthodes…l’espoir fait vivre). « Wait and see » comme dirait l’autre !!
4. (et 5) Ces deux observations rejoignent un peu la deuxième :
« - Capei, quand le monsieur te dit qu’un Jaubert doit être peuplé modérément, tu l’écoutes !!
- Oui, mais j’avais l’impression que ma population n’était pas si importante.
- Tu te fous de moi ?!!
- Non, mais…
- Y’a pas de « mais » qui tienne, tu files dans ta chambre et tu te tais…petit têtu !!
- Pas d’ma faute chef, j’ai glissé….
- Et arrêtes de me faire ces yeux de cocker !!
- C’est vraiment po zuste !! »
6. Comme je vous l’ai dit, ma population corallienne :
Elle se composait essentiellement de sps assez exigeants en brassage (nombreux acroporas notamment) et il n’est pas indiqué en Jaubert de brasser trop violemment le bac ceci pouvant gêner la diffusion des déchets dans le sable. Mon brassage était constitué de 5 pompes de 2000 L/H et de 2 de 1400, le tout sur programmateurs reconstituant des marées de 4 heures et par moment tout était réglé pour tourner simultanément. Le sable n’a jamais été dérangé, mais je pouvais remarquer qu’une partie des déchets ne se déposait pas sur ce dernier et était emportée dans le courant avant de se déposer sur celui-ci. Je ne sais pas si on peut à proprement parler de gène de la diffusion dans le sable, mais je suis certain que ça aurait pu être mieux. Mon avis est que le Jaubert est plus adapté pour la maintenance des coraux nécessitant un brassage faible à modéré tels que certains coraux mous et je suis convaincu que c’est le type de maintenance idéal pour la plupart des LPS. Ces derniers n’étant pas gourmands en brassage pour la plupart, demandant un bon taux de calcium, appréciant être nourri (une partie de la nourriture peut être aisément trouvée par simple remuage de la couche supérieure du sable) et ayant pour habitude de vivre en milieu naturel dans des lagons calmes et aux eaux plus chargées en matières organiques. Ceci reste une observation personnelle.
Une petite conclusion des 6 premières erreurs s’impose ici (la 7 ème étant une raison « à part »)
Je pense que le bac aurait pu tourner ainsi encore pas mal de temps, peut être n’aurait-il même pas craché, car malgré ces quelques erreurs de conception, il était particulièrement sain et avait commencé à trouver son petit rythme de croisière dont j’étais assez fier d’ailleurs. (tiens, encore un péché). Ceux qui ont vu cet aquarium pendant cette période pourront certainement attester (c’est le moment de pas m’laisser tomber les copains…ben quoi rev’nez !!!) qu’il était sain, que les animaux étaient en très bonne santé (j’y tiens), qu’une micro faune y était abondante, que les coralines se développaient correctement, enfin bref qu’il présentait tous les signes d’un bac correct, peut-être un peu (beaucoup) trop d’aiptasias et quelques cyanos de ci de là mais sans plus.
Nous ne saurons jamais si toutes ces erreurs auraient fini par faire planter le bac mais ce qui est sûr, c’est que l’erreur qui suit a été le facteur déclenchant du crash !
7) des pierres vivantes plus que douteuses !!
Je vous ai détaillé dans la première partie de cette saga l’introduction de ces fameuses pierres dans mon bac et vous ai relaté le plantage du bac de mon pote, je ne reviendrai pas là-dessus.
Reste à vous dire pourquoi je pense que ce sont ces cailloux qui ont détruit mon petit microcosme.
Tout d’abord les faits. Le lien entre le plantage du bac de mon pote, puis celui de mon fils et pour finir le mien ne peut pas passer inaperçu et la seule chose qu’il y ait eu en commun entre ces 3 bocaux à quelques jours d’intervalles sont ces fameuses roches, argument irréfutable non ?
Ensuite, vient la question majeure : pourquoi et surtout comment quelques cailloux peuvent-ils polluer à ce point de tels volumes et mettre en péril la vie de leurs habitants ?
Nous avons émis des hypothèses à ce sujet mais n’étant pas scientifiques, et n’ayant pas accès au matériel nécessaire pour étayer nos arguments, nous en sommes restés à émettre notre sentiment.
Si cette théorie (qui, sur le terrain, semble évidente, mais des fois…avec le recul…) de la pollution par les pierres est exacte, elle peut avoir une origine chimique, biologique ou biochimique.
La théorie chimique a de sérieux arguments à avancer.
D’abord, la rapidité d’action. Quelques heures ont suffi entre la dernière observation attentive du bac sans rien révéler d’anormal, et la perte totale de tissus par certains coraux. Ensuite, une des hypothèses émises est que la pièce où se trouvaient l’aquarium, et donc les pierres de mon pote, a été repeinte quelques jours avant les faits.
Cette théorie souffre aussi de deux sérieuses faiblesses. D’abord, la quantité de polluants passés de la peinture à l’atmosphère, puis de l’atmosphère à l’eau via l’écumeur, puis de l’eau au cœur des pierres, devrait être considérable pour polluer :
- d’abord mortellement un bac de quasiment 700 litres,
- puis après retrait des pierres, un bac de 100 litres,
- puis après retrait des pierres un bac de 450 litres.
Une telle concentration de polluants semble assez improbable.
Dans le registre chimique, on peut aussi envisager l’effet cumulatif des quantités ahurissantes de produits de compléments ajoutées à l’eau du bac original pour forcer les coraux. Il est concevable qu’une partie de ces éléments se soit « cristallisée » ou ait « précipité », enfin, se soit accumulée au fil du temps dans et sur les pierres sous forme solide. A un moment ou à un autre, ces molécules auraient commencé une réaction inverse, liée à une légère modification de la qualité de l’eau (solvants de la peinture ?). Les pierres auraient alors relâché massivement de grandes quantités de produits de combinaisons diverses. Parmi les composants de ces compléments, le Strontium est le premier auquel on pense. En effet, c’est un produit hautement toxique.
La cause pourrait aussi être d’origine strictement biologique.
Un agent pathogène quelconque se serait soudainement déclaré dans le bac d’origine, les pierres vivantes, d’un bac à l’autre, n’ayant rien fait d’autre que de servir de vecteur à l’agent pathogène.
L’hypothèse est séduisante car elle est simple, mais elle est peu crédible. En effet, les premiers symptômes de malaise dans le bare-bottom de 96 litres sont apparus quasi-immédiatement à l’introduction des pierres. Par ailleurs, une fois les PV dans le 450L, les décès de coraux se sont produits en moins de 12 heures.
La cause pourrait aussi être biochimique.
Dans le bac d’origine, le crash aurait été causé par les vapeurs de peintures, dont les effets auraient pu être aggravés par les conditions de maintenance forcées des coraux (éclairage surpuissant, alcalinité extravagante, produits de compléments à très fortes doses) qui les auraient fragilisés. Le crash aurait entraîné à la fois l’explosion d’agents pathogènes a posteriori (bactéries nécrosantes comme on en trouve dans certains tissus déjà RTN-isés), mais aussi le décès des organismes fixés sur et dans les pierres (éponges). Les pierres une fois déplacées, elles auraient alors continué à émettre des substances de la dégradation, qui auraient fortement incommodé les coraux, ces substances servant également de facteur favorable pour les agents nécrosants et favorisant leur explosion dans le nouveau bac ; ceci dans un Jaubert, donc dans un bac ayant déjà une forte charge organique, provoquant le crash du 450 L.
Cette hypothèse biochimique et multifactorielle semble aussi tenir la route mais se heurte, là encore, à un problème de taille : je n’ai relevé aucune trace d’ammoniac dans l’eau, substance qui aurait du être présente en premier lieu.
Au final, aucune explication ne semble pleinement satisfaisante. Seuls 3 faits sont indéniables :
- Le seul point commun entre le bac d’origine, le bare-bottom de 96 et le Jaubert de 450L, ce sont ces pierres ;
- Mes deux bacs semblaient visuellement parfaitement sains juste avant l’ajout de ces pierres et ont posé problème juste après ;
- Les pierres, une fois retirées (donc après le crash du 450) présentaient des signes évidents de décomposition : l’odeur, (sans sentir la charogne, l’odeur n’était pas normale, un peu acide) et l’aspect (dessous grisâtre, éponges partant en bouillie etc.).
Note : ces explications ne sont que des hypothèses, peut-être aurez-vous d’autres suggestions à me proposer suite à la lecture de cet article. Je reste bien évidement à l’écoute de toutes vos idées. J’attends votre avis, car je vous avoue qu’il me serait agréable de connaître le fin mot de l’histoire.
CONCLUSION
Je pense finalement ne pas m’en être trop mal sorti. La plupart des animaux (surtout les poissons) ont pu être sauvés, la mort de certains invertébrés m’a bien sûr beaucoup attristé, mais je me console en me disant qu’ils étaient issus de boutures et que les pieds mères sains sont toujours en vie. Je regrette seulement de ne pas avoir pu mener à bien et à terme mon expérience de la méthode Jaubert car je continue de croire que c’est une façon intéressante de concevoir l’aquariophilie. Je n’ai pas perdu mon enthousiasme pour cette méthode mais je pense qu’elle doit être appliquée d’une autre manière, je consacrerai d’ailleurs un article au sujet de « ma vision de la méthode Jaubert » et peut-être un futur bac, qui sait ? Je suis aussi satisfait du montage que nous avons mis au point avec mon ami Arno qui s’est donné un mal de chien (et c’est peu dire) pour me venir en aide, je ne le remercierais jamais assez !!! Un prochain article vous présentera le compte-rendu de ce remaniement. Je vous expliquerai l’idée géniale que nous avons trouvée pour le support des pierres et surtout pour le brassage ultime de la mort qui tue. Je vous parlerai aussi de mes projets pour ce bac et sa future évolution. Pour le moment, tout est encore trop frais et il est trop tôt pour en parler ; le bac ressemble plus à une cuve de stockage qu’à un vrai aquarium récifal digne de ce nom mais je vous rassure tous les animaux se portent à merveille et c’est bien ça l’essentiel, non ?
To be continued …