Le diagnostic systémique permanent
Date: Mercredi, janvier 12 @ 13:00:00 CET
Sujet: Poissons


La vie des poissons en captivité est rythmée par une succession d'étapes, qui toutes ont une incidence sur leur état de santé. La méthode que je vous propose ici vise à optimiser le passage de chacune de ces étapes et donc, à assurer une vie longue et heureuse à nos animaux. Elle repose sur une idée centrale, que j'appelle pompeusement « le diagnostic systémique permanent ».



IMPORTANT PREAMBULE

Je n'ai aucunement la prétention de me poser ici en médecin des poissons. Je n'ai aucun bagage scientifique, et tout ce qui est dit ici n'est que ce que je pense, « moi personnellement tout seul ». J'ai passé de nombreuses années à faire des tas d'expériences, notamment en eau douce, et au fil du temps, j'ai fini par mettre au point mes propres méthodes de réflexion, et mes propres moyens d'action. C'est cette expérience, qui ne vaut que comme telle, que j'ai essayé de « théoriser » ici pour vous l'exposer. Ce texte n'a aucune autre valeur ni prétention. Je ne propose pas de recette miracle, ni de méthode de traitement universelle, juste ma conception personnelle de la façon de réfléchir à un problème.

Nous allons détailler dans cet ordre la méthode de réflexion et de diagnostic, en étudier le concept , puis les relations pratiques , et pour finir, nous étudierons en détail un cas pratique, amaigrissement d'un animal , en mettant en application la méthode de réflexion et en lui cherchant des applications pratiques.

LA METHODE  :

En gros, il s'agit d'oublier une fois pour toute notre vision traditionnellement réductrice des choses, et d'adopter une vision plus globale de la santé des animaux en captivité. On rejoint là ce que je disais dans « la stratégie, revoyons notre façon de penser ».

Schématisons cela :

Ce dessin représente l'ensemble des facteurs qui vont influer sur la santé du poisson. On y voit trois cercles qui tous se recoupent, formant 7 zones. Une huitième zone est à l'extérieur du schéma. Sur un plan strictement théorique, cela illustre le « système » de santé du poisson, chacune des zones regroupant une série de problèmes possibles, ou pour mieux dire, de facteurs défavorables. L'étude de chacune de ses zones permet d'identifier et de quantifier l'état de santé de l'animal. C'est donc un outil de diagnostic, préalable obligatoire à tout pronostic.

Mais voyons cela en détail.

Le cercle A :

Il regroupe les facteurs qu'on pourrait qualifier « d'intrinsèques » : tous les facteurs qui vont définir ou altérer directement son identité ; son espèce, son sexe, son âge, son histoire, son alimentation passée, son passé pathologique, ses réserves énergétiques etc.

Le cercle B :

Il regroupe tous les facteurs biotiques qui ont une influence sur le poisson. Par exemple, ses voisins de captivité, par le biais des concurrences, la charge parasitaire, la prédation éventuelle, la disponibilité de l'alimentation ou sa variété etc.

Le cercle C :

Il regroupe tous les facteurs abiotiques qui ont une influence sur le poisson. Par exemple, la température de l'eau, la charge en composés azotés, la salinité, l'espace disponible, la force des courants etc.

Ainsi, les trois cercles résument tous les facteurs qui ont une influence sur l'état de santé de l'animal. On note qu'ils sont inter-sécants, c'est-à-dire qu'ils ont des influences réciproques les uns sur les autres. Par là-même, ils tracent des sous-zones, qui sont les endroits où les facteurs se cumulent. Evidemment, ces zones secondaires sont plus sensibles que les zones principales, car elles sont plus complexes. Au centre, nous avons une zone où tous les facteurs sont présents ; c'est une zone hautement critique, dangereuse, qui, comme nous le verrons, mènera presque toujours au décès.

Il faut tout de suite remarquer des différences théoriques fondamentales entre les cercles.

D'abord, le cercle A : notez que tous ces facteurs appartiennent par définition au passé. (et c'est le seul) On juge ici comment le poisson a été nourri, et non pas comment il EST nourri, par exemple. C'est donc la « zone de l'histoire ».

Ensuite, le cercle B : notez que tous ces facteurs appartiennent aux autres êtres vivants, ils sont donc tous à considérer comme le résultat de formes de concurrence. Les concurrences étant in fine les pressions qui s'exercent sur le sujet, on peut parler de « zone du stress ». La zone du stress par définition s'applique au présent.

Enfin, le cercle C : nous verrons qu'ils sont tous assimilables à des empoisonnements, d'une façon ou d'une autre. « Rien n'est poison, tout est poison, question de dose ». Les effets de ces facteurs se feront donc sentir au terme d'une exposition. Si brève soit-elle, cette exposition repousse vers le futur les effets des facteurs concernés ; la « zone des poisons » est donc une zone du futur.

Idéalement, le poisson est dans la zone 8, c'est-à-dire à l'extérieur de toute influence négative des facteurs précités. Il n'a aucun trouble, ni d'alimentation, ni de prédation, rien, il est en équilibre, on pourrait dire « en harmonie ». Autre façon de le conceptualiser : son passé, son présent et son futur sont au beau fixe. Autre façon encore de le conceptualiser, son histoire est «  normale », son niveau de stress est bas, et il ne souffre d'aucune intoxication cachée.

Cependant, parce qu'aucun être vivant n'a pu échapper toute sa vie à toute forme d'agression, la zone 8 reste un concept strictement théorique : le sujet se trouve nécessairement en zone 5, c'est-à-dire qu'il doit toujours gérer son passé, et de la même façon, vous devez inclure son histoire personnelle en essayant de poser un diagnostic.

Donc, nous posons comme principe de base que tout animal est en permanence en lutte contre quelque chose. Normalement, cette lutte doit être assez limitée, et les moyens du poisson pour se battre doivent être très supérieurs à ce qui est nécessaire.

Tout de suite, nous voyons les implications de cette façon de penser : on ne peut plus dire, « en pleine forme », mais seulement « en équilibre ». C'est là toute la philosophie de cette vision systémique, qui n'est pas statique mais dynamique et qui donc est remise en cause à chaque instant : ce diagnostic est donc bien systémique et permanent.

On comprend mieux dès lors, pourquoi les poissons d'élevage sont plus résistants que les poissons sauvages. Leur zone de passé est moins chargée, car ils ont échappé de tout temps aux facteurs défavorables du milieu naturel (prédation, malnutrition etc.).

Notre but sera ainsi d'identifier clairement la zone concernée pour agir avec discernement sur les origines complexes d'un problème. Et c'est maintenant qu'il faut être attentif à mon raisonnement.

LE CONCEPT :

L'idée de base est la suivante : tous les êtres vivants ont une faculté de résistance à l'agression qui est non-nulle. Autrement dit, ils peuvent se trouver dans les zones 5, 6 ou 7, sans être autrement incommodés. Nous avons même vu qu'ils sont dans le meilleur des cas dans la zone 5, en état d'équilibre.

Par contre cette faculté n'est pas illimitée, et dans le cas des poissons elle est même assez faible. Autrement dit ils seront incommodés dès les zones 2, 3 ou 4, c'est-à-dire dès que des facteurs de natures différentes vont se cumuler.

Si on accepte ces postulats, il y a directement deux conséquences majeures, inévitables, qu'il ne faut JAMAIS perdre de vue.

1)      Ce n'est pas parce qu'il n'y a aucun symptôme que tout va bien.

2)      S'il y a un symptôme, il y a nécessairement au moins 2 causes .

Prenons un exemple concret, simple : la « maladie des points blancs ». C'est peut-être la mieux connue de toutes les parasitoses chez nos animaux.

Le raisonnement classique en cas d'infestation est généralement en substance le suivant :

Un traumatisme quelconque (coup de froid, frayeur…) a diminué les défenses immunitaires du poisson, le parasite en profite pour s'installer : c'est la maladie.

Si on jette un œil sur le schéma des cercles et qu'on pense aux deux conséquences dégagées juste au dessus, on doit se rendre à l'évidence : c'est un raisonnement bidon. Ca revient peu ou prou à dire « il est malade parce que c'est comme ça ».

Tout symptôme ayant nécessairement deux causes de deux natures distinctes, il faut aller très au-delà de ce raisonnement basique, et chercher ce qui, dans le passé, le présent ou le futur de l'animal, vient s'ajouter au problème. Les points blancs sont un symptôme clairement biotiques, donc de l'ordre du présent, ou de la zone de stress ; il faut chercher au moins un second facteur dans le passé ou le futur du poisson, c'est-à-dire dans les facteurs abiotiques ou dans l'histoire du malade. D'ailleurs, le raisonnement nous amène à penser que la zone 5 est nécessairement en cause, donc par principe, il faut tenir compte de l'histoire du poisson pour trouver des explications satisfaisantes.

Et il n'est pas besoin d'aller très loin : pour que la maladie se déclare, il faut déjà que la charge parasitaire soit au-delà d'un certain seuil critique, ce qui présuppose toute une série de mécanismes d'entretien des parasites, comme la présence de sédiments ou de corps azotés… Et d'un coup il est limpide que pêcher le poisson pour le traiter ne sert STRICTEMENT à rien. Au contraire, ce stress va s'ajouter aux autres, dans différents domaines, et si les facteurs appartenaient à deux cercles et que en le pêchant vous ajoutez un facteur du troisième cercle, même si vous avez éliminé plus de causes que vous n'avez apporté de soucis, vous avez placé le poisson dans la zone centrale où les trois cercles se recoupent. En clair, le remède est pire que le mal !

Mais revenons sur cette présence obligatoire de l'animal en zone 5. On voit sur le schéma ci-dessus que c'est encore la situation la plus optimiste, du fait des agressions que subit un poisson dès son introduction !

Première indication : vous construisez quotidiennement, au présent, ce qui demain sera la zone du passé de vos animaux. Autrement dit, le bien que vous leur faites aujourd'hui payera demain. C'est-à-dire que par des soins quotidiens, vous tendez à glissez lentement vers l'extérieur du schéma. Votre nourriture adaptée d'aujourd'hui, ce sera demain ce qui fera que l'histoire passée du poisson lui permettra d'avoir les réserves vitales suffisantes pour ne plus avoir de trouble possible dans cette zone.

Autre façon de le dire, vous construisez au quotidien le passé de vos animaux. Pensez à Onasis : « je vis comme je vis car chaque jour fabrique mes souvenirs de demain ».

Une autre conséquence d'une grande importance de ce présupposé de la zone 5, c'est de dire que tout autre facteur défavorable place le sujet en condition 2 ou 4, c'est-à-dire déjà dans une situation de déséquilibre qu'il faut traiter. Ou encore, que l'histoire du poisson influe directement sur la gravité des facteurs des autres zones.

 

 




Résumons l'ensemble des acquis à ce stade :

1) Les facteurs influençant la santé des poissons sont de trois ordres, intrinsèques, extrinsèques biotiques ou extrinsèques abiotiques. Dans cette ordre ils sont liés au passé, au présent, ou au futur du poisson.

2) La « grande forme » n'existe donc pas, il y a au mieux une situation d'équilibre entre les facteurs.

3) Le fait incontournable que l'animal ait un vécu implique qu'un symptôme a toujours au moins deux causes, dont l'une se trouve nécessairement dans son passé.

4) La santé de l'animal se travaille au quotidien, car le présent, dans le futur, sera le passé.

LES RELATIONS PRATIQUES :

J'entends par là les facteurs identifiés qui sont reliables à une des zones évoquées. Toujours pour faire simple, voici un tableau, non exhaustif (par définition ce serait impossible), des relations entre les zones.

Zone de l'histoire

Zone du stress

Zone des poisons

Croissance

Alimentation juvénile

Maladies passée,faiblesses persistantes

Maladies passées, immunités acquises

Traumas dus à la captivité (pêche, acclimatations…)

Prédation

Concurrence sexuelle

Concurrence alimentaire

Concurrence territoriale

Charge parasitaire

Espace disponible

Température

Charge azotée

Teneurs en gaz

Alcalinité

Alimentation

Il est clair que tous ces facteurs, pour être parfaitement définis, ne sont pas isolés, mais au contraire nettement interdépendants. Par exemple, si l'espace disponible est trop faible, on peut assister à une augmentation de la pression de concurrence alimentaire, qui conduira à une dénutrition ou malnutrition chronique, laquelle, au fil du temps, va s'inscrire dans le passé du poisson comme un élément à part entière de son individualité.

Dès lors, si ce poisson déclare la maladie des points blancs, il est évident que détruire le parasite est une méthode thérapeutique vouée à l'échec :

Dans cette vision systémique on voit nettement que pêcher le poisson pour le traiter ne peut conduire qu'à un échec thérapeutique, car la pêche est en soi un facteur de stress, qui va ajouter à la charge constatée dans la zone du présent. Donc,même si on soulage temporairement le poisson, les mêmes causes ayant les mêmes effets, rapidement on assistera à une rechute encore plus grave que la première infestation. Ceci peut être affirmé sans rien connaître à la maladie en question, uniquement par une logique stratégique.

Cela montre du même coup que l'espace insuffisant est bien un problème du futur, car il faut que les conséquences prennent le temps de s'en faire sentir, puis s'inscrivent dans l'histoire du poisson, pour que la maladie se déclare.

Et cela illustre pourquoi tous les facteurs abiotiques, même l'espace, peuvent être considérés comme des poisons. Dans ce cas, les conséquences de l'espace sont des carences. L'expérience m'a appris que de semblables relations existent avec tous les facteurs abiotiques, comme la température, par le jeu des relations temporelles entre les facteurs.

Ce qu'il faut bien comprendre dans le jeu des dépendances entre les zones, c'est que tous les facteurs finissent par s'inscrire dans le vécu du poisson. Et puisque ce vécu doit faire partie de l'effort de diagnostic, il est évident que tous les facteurs jouent un rôle à plus ou moins long terme.

Mais pour illustrer cela, prenons un autre exemple : un poisson qui maigrit, sans cause apparente. Nous allons réfléchir, dans le cadre du système que je propose, à identifier les causes et à trouver des solutions. Notez que je ne dis rien de plus que « un poisson ». Il n'est pas nécessaire ni utile, pour trouver des pistes, d'en savoir plus, et de se couvrir de questions alarmantes et stériles.

D'abord, première chose : où classons-nous ce symptôme ?

Dans le passé ? le présent ou le futur ?

La première idée, c'est que le problème vient certainement en partie de facteurs passés (alimentation ou pêche au cyanure), mais tout autant que de facteurs présents (moyens donnés pour surmonter la difficulté) et futur (l'amaigrissement est un phénomène dynamique : le poisson n'est pas « maigre », il « maigrit », ce qui est bien différent.)

Il s'ensuit que nous traitons ici d'un cas de la zone 1, centrale et grave. C'est d'ailleurs ce que l'expérience nous a tous appris : un poisson qui maigrit est certainement condamné.

Cherchons donc les facteurs qui, par principe, peuvent concourir à cet état. Quand perd-on du poids ? Quand la dépense d'énergie est supérieure au profit de l'alimentation. Nous avons donc deux phénomènes possibles, qui ne s'excluent d'ailleurs pas : trop de dépenses, et/ou pas assez de profit. Voyons cela dans chaque zone.

Au présent : que peut bien signifier « trop de dépenses, et/ou pas assez de profit » ?

 

Nous avons vu que le présent correspond à la zone de stress. Dans la zone de stress, ce qui frappe immédiatement, c'est le jeu des concurrences. Car enfin, ce poisson-là maigrit, MAIS PAS LES AUTRES. Il faut en conclure qu'il n'y a que deux hypothèses valables : soit l'amaigrissement est causé par une réaction différente aux conditions biotiques actuelles, soit c'est un état lié à une caractéristique intrinsèque au sujet. Autrement dit, soit cela vient du poisson lui –même, soit cela vient de ses conditions de vie.

Jetons de suite un œil à l'hypothèse « intrinsèque » :

Au passé : que peut bien signifier « trop de dépenses, et/ou pas assez de profit » ?

Même si un organisme s'est vigoureusement dépensé dans le passé, le repos et l'alimentation doivent lui permettre de récupérer. « Trop de dépenses », dans le passé, ne peut donc pas être une cause majeure de l'état présent. « Pas assez de profit » ? c'est-à-dire, trop peu ou trop mal mangé dans le passé. Est-ce que ça peut avoir une influence sur le présent ? On imagine assez bien que oui, si l'affaiblissement a provoqué des lésions au système digestif par exemple. De quelle nature, de quelle origine peuvent être ces lésions ? Une alimentation inadaptée peut être évoquée : par exemple, une carence en fibres végétales peut endommager le système digestif d'un herbivore. Des accidents qui détruisent une part de l'organisme peuvent en être la cause également : pêche au cyanure, radiations, violent choc thermique…Les causes sont pléthore. Mais soyons positifs : s'agissant d'un état dynamique, nous ne pouvons pas influer sur les causes passées. Sauf à quotidiennement bâtir ce qui sera le passé du poisson. C'est ce que notre intuition nous dit : s'il maigrit, c'est donc qu'il mange mal ou pas assez, nourrissons le mieux. C'est une évidence.

Mais nous avons tous constaté que c'est rarement suffisant. Sauf à faire une erreur fondamentale d'alimentation, comme de ne donner aucun végétal à manger à un chirurgien, cette démarche ne peut pas être couronnée de succès. Il s'ensuit que c'est nécessairement l'autre hypothèse, « conditions de vie », qui est en cause.

Ouvrons donc la longue liste des facteurs biotiques « présent », et voyons ce que chacun implique dans le cas qui nous occupe :

Zone du stress

Prédation

Concurrence sexuelle

Concurrence alimentaire

Concurrence territoriale

Charge parasitaire

Existe-t-il une prédation ? Normalement en aquarium, non. Vérifions tout de même.

Existe-t-il une concurrence sexuelle ? Deux mâles d'une même espèce peuvent parfaitement s'épuiser en de vaines parades et bagarre, ce qui conduit à un rapport dépenses/profits déficitaire. Cette cause est donc plausible et doit être étudiée. Supprimer cette cause le cas échéant sera donc un élément à part entière de la thérapie.

Existe-t-il une concurrence alimentaire ? Des animaux qui sont alimentairement spécialisés peuvent parfaitement provoquer la dénutrition d'autres, de spécialisations proches. Ainsi c'est le cas des labres hexataenia et des mandarins, qui entrent en concurrence. Vérifions donc cette hypothèse.

Existe-t-il une concurrence territoriale ? On a vu comment cela peut finir par s'inscrire dans le passé de l'individu et lui porter préjudice. La thérapie sera alors simplement de lui offrir un bac plus grand : toutes choses égales par ailleurs, la situation devrait s'améliorer…

Existe-t-il une charge parasitaire ? Le poisson est peut-être contaminé par un parasite, soit qui diminue son profit alimentaire (vers nématodes de l'intestin), soit qui augmente sa dépense (parasites qui consomment directement ses réserves, tels que les argulus). Ces deux causes doivent aussi êtres vérifiées, et exclues.

Voici donc à quoi ressemble à présent notre diagnostic :

Ce qui saute aux yeux, c'est que le symptôme bien défini (amaigrissement) est en fait la résultante d'interactions multifactorielles. La méthode fait ainsi la preuve qu'une thérapie uni-factorielle est donc vouée à l'échec.

Mais passons à l'établissement du plan de bataille thérapeutique.

Il s'agit, en vertu de ce qui précède, de rétablir un rapport dépenses / profit bénéficiaire. Nous avons donc deux axes distincts : augmenter les profits, et diminuer les dépenses.

En fonction des résultats de votre analyse dans le cas précis que vous étudiez, il faudra donc supprimer toutes les sources de dépenses, et augmenter les sources de profit, par exemple :

Retirer le poisson qui fait concurrence (même s'il n'est pas directement en cause, on rééquilibre ainsi les choses)

Augmenter les rations alimentaires

Diversifier l'alimentation

Imposer un traitement préventif contre les parasites intestinaux et externes (qui de toute façon, en vertu de ce que nous avons vu « tous les facteurs finissent par s'inscrire dans le passé du sujet », finiront immanquablement par contaminer le sujet, leur présence étant alors une conséquence et non une cause du problème)

Augmenter l'espace individuel disponible

Etc.

Cet énoncé revient à dire que le retrait du poisson malade et sa mise en isolement sont non seulement envisageables mais fortement souhaitables. L'isolement réglera définitivement la question des facteurs biotiques, et si la cuve d'isolement est stérile, il permettra aussi le traitement préventif des parasitoses, ainsi qu'une surveillance accrue des fonctions de prise alimentaire.

Nous démontrons ainsi que la méthode de diagnostic systémique, non confinée à un seul facteur essentiel, a de bien meilleures chances de succès que le traitement des symptômes. Car voici le diagnostic théorique de notre malade immédiatement après sa mise en isolement :

On voit que ce qu'on a fait sur un plan conceptuel, c'est transformer l'état dynamique (« en train de maigrir ») en état statique (« est maigre »).

Ceci étant, une alimentation particulièrement soignée viendra à bout de cet état. Evidemment ce processus est long, nous le savons tous ; c'est d'ailleurs ce que la théorie indique, puisque nous déplaçons les facteurs dans la zone « passé » du poisson (ou pour mieux dire, nous lui donnons l'opportunité de le faire lui-même), ce qui, par définition, prend du temps pour s'inscrire dans l'individualité, c'est-à-dire hors du temps présent.

Cet exemple illustre le fait que les relations entre les zones, une fois bien comprises, sont une arme essentielle dans la thérapie.

CONCLUSION :

Il m'est impossible de détailler tous les cas de figure que l'étude des cercles permet. J'ai choisi d'évoquer une pathologie pour illustrer le propos, il faudrait un livre énorme pour évoquer toutes les approches possibles.

Je pense avoir clairement montré que l'erreur la plus commune est certainement de croire que d'une part, il n'y a pas de problème s'il n'y a pas de symptômes, et que d'autre part, chaque symptôme a sa cause.

Tous les symptômes ont des causes nécessairement multiples. L'absence de symptôme ne signifie pas l'absence de problème.

En réalité, nous avons vu que les problèmes ont toujours des causes parfois complexes, souvent indirectes et toujours multiples. Dans la mesure où la zone « histoire » du poisson commence à se dessiner dès son achat, l'acclimatation devient le nerf de la guerre dans la lutte pour la santé.

Il est fondamental de se souvenir que cette analyse doit se faire en permanence, et non pas quand il y a un trouble visible. Mieux vaut prévenir que guérir, à ce qu'on dit. C'est exactement ce que je vous ai proposé ici.

La prochaine fois, sans revenir à cette théorie mais en s'inspirant de sa philosophie, nous parlerons en détail de la première ligne écrite dans la zone de l'histoire : l'acclimatation.



merci a tournesol pour ses remarques et à blups pour la relecture du texte





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