Toute la vérité sur... les Aiptasias!
Date: Mardi, avril 26 @ 09:27:15 CEST
Sujet: Biologie


Aiptasias, Anémones de verres, rose des sables…


Autant de noms et surnoms pour qualifier la peste de l’aquariophilie récifale…


Qui n’a pas connu le bonheur d’en posséder, et ce gratuitement, dans son bac.



 

Ces anémones ont, de plus, une fâcheuse tendance à se reproduire et les moyens pour lutter contre ce fléau, même s’ils sont divers et variés, ne sont pas tous forcément efficaces.


Après une présentation de nos hôtes indésirables, nous aborderons ensuite les moyens pour s’en débarrasser. Même s’ils sont nombreux, nous verrons qu’ils ne sont pas tous forcément très efficaces et qu’ils ont pour la plupart aussi, leurs inconvénients.


 


 


I-) Les Aiptasias :


 


            Je me souviens de ma première rencontre avec une Aiptasia. Je revenais de chez mon poissonnier chez lequel je venais d’acheter une anémone


De retour à la maison et après quelques minutes d’observation, je me suis rendu compte qu’il y avait une mini anémone blanche sur la pierre ou était fixée ma nouvelle acquisition.


Tout heureux d’avoir pu obtenir un hôte inconnu, et ce gratuitement, je l’ai même nourri…


Et ce n’est que quelques jours plus tard, après avoir parcouru quelques sites, que j’ai découvert le nom de celle qui à fait de ma vie d’aquariophile récifal, un cauchemar,  j’ai nommé… : l’AIPTASIA.


 



 


Comme beaucoup, je n’ai pas cherché de suite à m’en débarrasser, laissant faire le temps. Mais au bout de quelques mois, il fallait bien se rendre à l’évidence. Mon bac en était infesté. Après de multiples essais infructueux, je me suis décidé à faire des recherches plus poussées. Ne dit on pas que pour vaincre son ennemi, il faut le connaître ? C’est ce que j’entrepris et, conscient que ce n’est pas un épiphénomène, je vais donc vous faire part de tous les renseignements que j’ai pu glaner.


 


Classe : Anthozoa


            Sous Classe : Zoantharia


                        Ordre : Actinaiaria


                                   Genre : AIPTASIA….


 


 


Comme vous le savez déjà, ces anémones sont une vraie plaie.


Pourtant, dans les années 60, les aquariophiles étaient plus que fiers de réussir une reproduction d’aiptasias. Il est vrai qu’il était à l’époque difficile de maintenir des invertébrés.


 


De couleur souvent transparente ou marronnée, elles se servent de leur pied pour se déplacer. Elles peuvent aussi flotter dans votre bac avant de choisir un substrat qui leur conviendra.


On en trouve de toutes les tailles, de quelques millimètres à plusieurs centimètres.


Mais qu’ont-elles fait pour être autant détestées par tous les aquariophiles ?


 


Plusieurs raisons. Tout d’abord l’aspect esthétique. A la rigueur, en posséder un ou deux spécimens ne perturbe pas trop la beauté de votre récif artificiel. Mais la vue de votre toile de maître peut vite se transformer si le nombre de ces hôtes se multiplie…


Ensuite, et c’est sans doute le plus important, les aiptasias sont des anémones. En tant que telles, elles possèdent des tentacules. Qui dit tentacules dit venin, donc nocif pour les autres occupants du bac. En grand nombre, elles empêchent le développement des coraux dans l’espace qui pourront être brûlés en cas de contact.


Les poissons aussi peuvent être incommodés par les anémones de verres. En effet, il m’est arrivé plusieurs fois de constater mon Hepathus rentrer en contact avec elles lors de déplacements rapides pendant les phases de nourrissage. Le résultat est que le poisson est saisi de soubresauts pendant quelques secondes.


De plus, elles ont la fâcheuse tendance de se reproduire rapidement, et peuvent même infester tout votre bac.


Tout d’abord, il faut absolument savoir qu’il ne faut jamais essayer d’enlever une aiptasia à l’intérieur de votre bac en la lacérant. Cette méthode guerrière aurait pour simple résultat de les multiplier, chaque petite particule coupée et flottant dans votre aquarium créant un nouveau spécimen. A proscrire absolument !


Les anémones de verre aiment la lumière mais on peut très bien en retrouver comme moi dans la décantation…D’ailleurs, j’ai pu remarquer qu’elles grossissaient plus rapidement dans des endroits tamisés.


Le premier conseil à donner est qu’il faut être vigilant, surtout lors de vos achats, et que la multiplication des aiptasias dans votre bac dépendra de la vitesse de réaction que vous aurez face à elles. Mais comment réagir, comment les éliminer de nos récifs artificiels ? C’est ce que nous allons découvrir maintenant.


 


II -) Les moyens d’éradication des aiptasias :


 


            De nombreuses solutions sont préconisées pour éradiquer les anémones de verre. Pourtant, le résultat n’est pas toujours à la hauteur des espérances des aquariophiles.


Détaillons ensembles les divers moyens de lutte contre « la main blanche ».


 


a)      Le Chelmon Rostratus 



 


Famille: Chétodontidés. Ordre: Perciformes. Genre: Chelmon.
Nom commun français: Chelmon à bec médiocre.


Origine géographique: océans Indien et Pacifique


 


Le chelmon Rostratus, ou poisson papillon, est un poisson magnifique, représentant la grâce à l’état pur. Cinq bandes orange serties de noir le traversent verticalement. Même s’il peut atteindre environ 30 cm, il ne dépasse que rarement les 15 cm en captivité.


Un point noir ressemblant à un œil situé à l’arrière est un leurre pour ses prédateurs, lui permettant ainsi de prendre la poudre d’escampette en cas d’attaque et de protéger ses organes vitaux.


Son magnifique long bec lui procure la joie de pouvoir dénicher ses proies dissimulées dans des cachettes, mais aussi surtout, de pouvoir tuer des aiptasias en attaquant directement leurs organes.


Attention à l’achat de ce poisson, mieux vaut attendre qu’il se soit bien acclimaté chez votre revendeur. En effet, il n’est pas rare de le voir mourir dans les premières semaines en captivité.


Après avoir délesté nos bacs de leurs anémones de verre, il faut ensuite que le Chelmon Rostratus s’adapte à d’autres formes de nourriture, ce qui peut prendre du temps.


Il est à noter que parfois, après s’être acclimater à manger des artémias il peut se produire  quelques temps pour qu’un poisson papillon recommence à détruire des aiptasias.


Attention aussi si votre bac contient déjà une anémone. Le Chelmon s’attaque parfois aussi à ces dernières, et malheureusement, les anémones comme la Crispa sont beaucoup plus coriaces que les Aiptasias. J’ai eu la malchance d’en faire les frais, et j’ai retrouvé mon poisson en train de se faire dévorer…Dégoût garantie…


 


Malheureusement, la maintenance de ce poisson dans nos bacs s’avère difficile. Même si certains arrivent à les conserver des années, la plupart des Chelmons ont une durée de vie moyenne assez courte en captivité. Assurez vous tout d’abord avant de l’acheter qu’il s’alimente chez votre vendeur. Ensuite, un bain d’eau douce (voir prochain article) sera nécessaire avant son introduction dans votre bac, et ce pour éliminer des vers parasites, ce poisson ayant la particularité d’en posséder malheureusement beaucoup.


De plus, il est très important de souligner le fait que tous les Chelmons Rostratus n’éradiqueront pas forcément vos aiptasias.


Pour vous donner une vague idée, sur les quatre aquariophiles que je connais ayant ce poisson, un seul a eu la chance de le voir dévorer les anémones de verre… Une autre remarque, encore plus importante, tous les Chelmons sont morts, et ce, sur une échelle allant de 3 jours à environ un an, ce qui donne vraiment à réfléchir quand à la maintenance de ce magnifique seigneur.


On peut aussi signaler des soucis de compatibilité avec par exemple des Zebrasomas Flavescens et aussi avec les Hepathus Pamacanthus.


Les poissons papillons sont pour la plupart, préconisés pour lutter contre les aiptasias.


Même si le chelmon Rostratus est le plus connu, d’autres Chaetodon comme le Lunula, le Kleinii ou encore le Striatus assurent aussi cet entretien.


Intéressons nous plus particulièrement au Kleinii, que j’ai eu la chance de posséder :



 



Ce poisson, moins élégant que son cousin le Rostratus, est par contre plus efficace. Après un temps d’adaptation, d’environ une semaine, il devient ensuite un prédateur redoutable dans la lutte contre les anémones de verre. Il s’acclimate rapidement à toute forme de nourriture, le mien n’acceptant au départ que le plancton rouge. En quelques jours, il est passé aux artémias congelés, puis enfin aux paillettes. Malheureusement, à l’instar du Lunula et du Striatus, il s’attaque aussi aux polypes de coraux, avec une préférence pour le Caulastrea et le Pectinia. A préconiser pour du fish only.


 


Pour clore le chapitre concernant les poissons papillons, on peut méditer sur le fait que certains comme le Rostratus ont une durée de vie trop limitée dans nos bacs et qu’ils ne sont pas tous efficaces, et que d’autres, comme le Kleinii, ne peuvent être maintenus dans un bocal corallien, sous peine de voir petit à petit les coraux bouturés.


 


Les poissons papillons n’ont pas le privilège d’être les seuls poissons à éradiquer les aiptasias.


En effet, d’autres, comme l’Acreichthys tomentosus sont aussi de redoutables prédateurs pour ces anémones. Doté d’un physique malingre, ce poisson n’est pas destiné à être maintenu dans des bacs récifaux, son régime alimentaire nécessitant aussi beaucoup d’algues. De plus, on ne le rencontre que très rarement dans le commerce, tout comme le scatophagus.


 


 


Pour lutter de façon naturelle, préférez donc plutôt les crevettes Lysmatas de Wurdemani.


 


b)      La Lysmata de Wurdemani :


 



 


Situées dans les zones Caraïbes et du Brésil, les crevettes Barbier de Wurdemann dépassent rarement 5 cm à l’âge adulte.


On peut les introduire seule ou en groupe, mais dans ce cas, il faut prévoir de nombreuses cachettes.


Par rapport aux autres crevettes comme par exemple la Lysmata Debelius, les wurdemanis sont beaucoup plus craintives et vous n’aurez la chance de les apercevoir que très rarement dans vos bacs . Il est à noter que les arrivages de Wurdemanis sont assez sporadiques.


 


Ces crevettes sont très prisées pour leurs facultés à détruire les aiptasias. En effet, c’est la solution naturelle la plus préconisée depuis quelques années. Une fois la proie repérée, la crevette l’attaque directement au centre pour lui détruire ses organes vitaux.


 


Attention tout de même à la Lysmata Californica de Grabhami, copie conforme à la wurdemani si ce n’est des rayures plus importantes et plus sombres, mais malheureusement totalement impuissante devant les anémones de verre.


 


c)      Les Nudibranches :


 


Deux sortes de nudibranches sont connues pour venir à bout de nos hôtes indésirables, j’ai nommé :


-         Spurilla Neopolitana


-         Berghia Verrucicornis


 


Ces nudibranches sont efficaces, mais aussi difficiles à trouver dans le commerce qu’à  maintenir.


 


 


d)      Autres méthodes :


 


BH à pattes rouges : Le Bernard l’ermite Dardanus megistos a été récemment décrit comme un moyen de contrôle naturel de cette anémone. Cependant d’autre avis que ce retour positif occasionnel sont nécessaires.


 


Méthode dite de l’huître : Même si les anémones de verre peuvent vivre dans des endroits ombrageux, elles préfèrent tout de même les espaces lumineux.


Le but de cette méthode consiste justement à leur en priver, pour mieux les éradiquer.


Le principe est simple : on prend une coquille de moule. On la perce en son milieu. Ceci étant fait, on vient placer la coquille sur l’aiptasia. Cette dernière, gênée, cherchera un moyen pour sortir de l’obscurité. Son seul moyen, si la coquille est bien posée, est de passer par le trou de la moule percé au préalable. De ce fait, elle quittera son substrat d’origine, viendra se placer sur le dessus de la moule, et vous n’aurez plus qu’à enlever la coquille ainsi que son nouvel hôte.


Cette méthode fonctionne, de temps en temps. Le problème est que l’aiptasia n’est pas toujours située sur une pierre à l’horizontale, ce qui rend le placement de la coquille compliqué. De plus, si cette dernière n’est pas maintenue ou bloquée par une cavité, l’aiptasia peut, et elle le fait très bien, décider de contourner l’obstacle, plutôt que de passer par l’orifice.


 


La résine d’Epoxy :


 


Cette technique consiste à emmurer l’aiptasia. Pour cela, il suffit de se munir de résine d’epoxy. Mais cette fois ci, plutôt que de fixer vos boutures avec, vous allez tout simplement recouvrir l’anémone de cette pâte. Cette solution fonctionnera si l’aiptasia se retrouve bloquée dans une petite cavité n’ayant pas d’autre sortie.


 


Le vinaigre :


 


Cette technique consiste à piquer l’aiptasia en son cœur, à l’aide d’une seringue remplie de vinaigre. Celle-ci, sous l’effet de ce liquide, se rétractera. Afin de ne pas voir l’anémone réapparaître de plus belle, il faut profiter de son état d’ébriété temporaire pour essayer de l’aspirer. Cependant, nous n’avons pas assez de recul et aucune étude à ce jour n’a été réalisée pour affirmer que l’introduction d’un tel liquide dans nos bacs ne serait pas néfaste.


 


L’eau bouillante :


 


Le principe est identique à celui du vinaigre. Néanmoins, le risque est plus mesuré dans le sens ou l’on introduit que de l’eau, certes bouillante, le but étant de créer un choc thermique pour l’aiptasia. Cette technique s’est avérée infructueuse pour moi, l’anémone reprenant de sa splendeur en quelques jours.


 


Le jus de citron, l’acide en encore de l’eau de chaux sont d’autres solutions citées mais ces techniques s’avèrent vaines si votre récif est infesté car il est très difficile d’aller piquer des aiptasias situées au fin fonds de votre décor.


 


Il existe aussi une autre façon de combattre les aiptasias. En effet, en parcourant un vieux magasine d’Aqua Plaisir d’octobre 2001, j’ai lu que l’Euphyllia Parancora pouvait, grâce à son pouvoir urticant, en venir à bout.




Effectivement, après l’avoir testé, je peux confirmer que l’Euphyllia désintègre complètement l’anémone de verre. Mais imaginez vous en train de promener votre corail sur toutes les aiptasias de votre bac… En plus du stress occasionné, on ne peut pas affirmer que le venin des aiptasias ne lui occasionne pas de maladies irréversibles. Quand est il réellement de son organisme ? D’ailleurs, le mien a nécrosé quelques mois après… Même si rien ne permet d’affirmer que ceci en est la cause, préférez quand même d’autres armes.


 


 


Pour conclure, on peut dire qu’il existe effectivement beaucoup de méthodes pour éradiquer la peste des aquariophiles. Personnellement, je préfère celles dites naturelles comme le kleini ou les wurdemanis.


Un conseil, pour ces dernières, n’hésitez pas à apporter une petite pierre remplie d’aiptasias chez votre poissonnier, vous serez rapidement fixés.


 


Certains aquariophiles se plaignent du manque d’efficacité des wurdemanis ou des chelmons rostratus.


D’après mes recherches, il existe plus d’une vingtaine d’espèces différentes d’aiptasias, alors peut être faut il explorer d’autres pistes, comme par exemple le fait que certaines espèces d’anémones de sable ne craignent pas ces prédateurs…


A suivre…


 


Olivier VINCENT.


 


Merci à Tournesol pour la photo de la Wurdemani.







Cet article provient de Aquariophilie marine et recifale : Ocean-Passion
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