Acclimatation : Eléments de réflexion sur l’introduction d’animaux
Date: Jeudi, juin 30 @ 09:29:58 CEST
Sujet: Biologie


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Ici Arnaud en direct live de Mouillé-FM sur la fréquence 1024, pour les résultats du Post-50 !
Cette semaine encore,
numéro 1 pour la 11 256° semaine consécutive, avec 256 389 posts,
nous avons « mon Chelmon ne mange pas », le classique indétrônable,
toutefois serré de près par « flav et hepatus ? » qui semble en bonne voie avec 232 899 posts.
Notons l’entrée des invertébrés dans le Post-50 grâce à « Mon gonio ne s’ouvre plus » en numéro3,
Et immédiatement derrière « mon étoile de mer part en choucroute », un post lancé par BlaireauDu95 en 1998 et qui court toujours, et enfin en 6° position ex-aequo les deux trolls du mois, « wave-box, pour ou contre ? » et « miracle-mud : la révolution ». Rendez-vous la semaine prochaine pour découvrir si « réglage écumeur » entre enfin dans le Post-50 !



 

Inutile de se marrer, ça a un air de déjà vu, non ? Un Top-50 des questions les plus répétitives, soit, mais si on devait continuer cette triste énumération, on se rendrait compte que la quasi-totalité des questions sont directement liées à l’introduction de nouveaux pensionnaires. 
En effet, consultons les questions les plus posées sur les forums ; nous pouvons légitimement être frappés par un double constat :
1) Plus de la moitié des posts sur les forums aquariophiles portent sur des problèmes liés à des nouveaux pensionnaires.(Le reste porte sur des « trolls », phénomènes de modes dont la longévité est inversement proportionnelle à vigueur avec laquelle ils sont débattus : faites donc une recherche google avec « aquariophile baguette magique » !!!)
2) La quasi-totalité des pertes d’animaux se produit dans les jours ou les semaines qui suivent leur arrivée.
 
De plus, ce constat est valable pour les néophytes comme pour les dinosaures de la discipline. Autrement, dit, si vous vous êtes sentis visés lors des résultats du Post-50, c’est que vous êtes ‘frais’ dans la discipline, si au contraire vous avez souris, c’est que vous êtes plus ‘aguerris’, mais il n’y a guère de quoi sourire en réalité, il suffit de lire les réponses des anciens aux néophytes pour avoir envie d’être de nouveau néophyte !
 
Une seule conclusion : en matière d’introduction, nous avons du mal à changer nos (très mauvaises) habitudes…Et si on mettait un bon coup de pied dans la fourmilière ?
 
Tout va bien ? Aïe ! C’est mauvais signe…
 
Quand on prend conscience d’un problème, c’est que le problème existe. (Lapalissade). Il est donc trop tard pour l’empêcher de se produire. C’est donc avant qu’on en ait conscience qu’il faut s’en préoccuper. En d’autres mots, c’est quand tout va bien qu’il faut s’inquiéter. CQFD.
 
 Ou, comme disait je ne sais plus qui (mais il avait bien raison) « la bonne santé est un état précaire qui ne laisse présager  rien de bon ».
 
 
Pas de secret, pas de miracle, la réussite de la carrière captive d’un animal commence à se jouer à la seconde même où il arrive chez nous. Le lendemain, le surlendemain ou à la fin de la semaine, il n’est plus temps de se demander ce qu’on peut faire pour lui, si les choses ne se passent pas bien. C’est pourtant à cette période que fleurissent les questions du genre « mon chelmon ne mange pas… ».
Oui, mais il est trop tard ! En fait, c’est bien avant qu’il faut s’assurer que tout va bien, il faut s’en assurer avant de mettre le petit nouveau dans le bac, avant même de l’acheter !
 
Nous serions plus heureux si nous étions nés en 1965…
 
Eh oui…Vous voyez pourquoi ? non ? Pourtant c’est évident : alors nous aurions la quarantaine. Car à le prendre dans tous les sens, il est parfaitement évident que la quarantaine est certainement LA solution à l’immense majorité des problèmes.
 
Voyons cela dans le détail.
 
(Petite piqûre de rappel pour les distraits :
http://www.ocean-passion.com/modules.php?name=News&file=article&sid=149)
 
Nous avons vu à cette occasion que toute manifestation pathologique a au moins deux causes, dont l’une au moins est située dans le passé de l’animal. Nous avons également vu comment et pourquoi nous n’avons que peu d’influence sur cette cause passée. La quarantaine peut donc être envisagée sous deux angles, stratégique et tactique.
 
Où l’on reparle de stratégie, encore et encore !!!
 
Partant du principe que la vie de l’animal commence, en ce qui nous concerne, lors de son achat (n’ayant aucune prise sur ce qui prècède, par positivisme on doit considèrer que rien ne précéde) notre premier soin devrait logiquement être de construire un passé au poisson. De ce point de vue, la quarantaine peut-être définie ainsi :
 
« une période d’isolement sanitaire à l’abris de toute agression biologique ou physico-chimique dans le but de rendre à l’animal le maximum de ses capacités de défenses intrinsèques avant de l’exposer à son présent ou à son avenir ».
 
Notez que c’est fondamentalement différent de la « quarantaine » médicale, qui a pour but de protéger les AUTRES animaux d’une éventuelle contamination. Ceci devient particulièrement pertinent quand on sort du domaine « poisson » : on voit mal comment une crevette pourrait transmettre une maladie quelconque à une ophiure…
 
Et là de suite, j’entends bougonner au fond des rangs !!!
« Hein ? quoi ? comment ? on ne va quand même pas mettre les CREVETTES en quarantaine !!! Déjà que c’est casse – pied…il faut un ou des bacs exprès…j’ai pas la place…D’ailleurs personne ne le fait…j’ai toujours mis mes crevettes directement… »
 
Et pourtant. Savoir ce qu’il faut faire est bien souvent supérieur à savoir pourquoi il faut le faire. C’est cela, la stratégie : suivre une idée, un fil conducteur, sans en déroger, et déduire de ce fil les actions ponctuelles à mener. J’admets que mettre une ophiure en quarantaine peut sembler une idée étrange…Mais n’avons-nous pas vu qu’il  fallait changer nos mauvaises habitudes ?
 
Revenons à notre définition. Elle implique deux choses.
 
« Construire le passé du poisson » (pour partie), cela suppose de l’exposer à des facteurs favorables pendant une durée suffisamment longue pour que les effets bénéfiques s’en fassent sentir. Or, que sont ces facteurs ? L’ABSENCE d’agressions. L’ABSENCE de carences. En un mot : l’ABSENCE de sources de stress.
 
L’ABSENCE de quelque chose ne PEUT PAS être considérée comme une exposition à quelque chose, sauf à dire que l’absence de tout est une exposition au temps. Ce qui corrobore d’ailleurs notre idée de départ : nous construisons un passé à l’animal (puisque nous ne l’exposons qu’au TEMPS.)
 
La seconde implication est plus subtile. Résumons ce que nous savons :
1)      Toute ‘maladie’ a au moins deux causes.
2)      Une de ces causes trouve nécessairement son origine dans le passé de l’animal.
3)      La quarantaine reconstruit un passé à l’animal, mais seul le TEMPS peut avoir un réel effet.
 
[digression utile pour la suite, vous pouvez sauter si c’est trop long !]
 
Recoupons cela avec la maxime des Romains : ‘Omnia vulnerant, Ultima necat’. (‘Toutes blessent, la dernière tue’). Ils parlaient bien entendu des HEURES, et du temps en général. Nous en avons bien sûr une idée intuitive : le temps file trop vite, et comme il est proportionnellement plus rapide pour nos hôtes, à la longévité plus basse que nous, il SEMBLE qu’investir dans le TEMPS (plutôt que dans le matériel ou les médications) soit une fausse bonne idée. Mais cela va à l’encontre de notre EXPERIENCE qui dit que les problèmes se déclarent rapidement après l’introduction. Et voici où je veux en venir ; notre expérience se forge elle-même avec le TEMPS, et l’expérience est le propre de l’amateur chevronné, ce qui explique pourquoi les ‘aguerris’ ont in fine autant de soucis que les débutants : ils ont bien sûr plus d’expérience mais ils ne savent pas en tirer les conséquences ! Autrement dit, nous prenons des leçons en permanence sans jamais apprendre.
 
[/digression utile pour la suite]
 
Il faut donc déduire que la quarantaine ne sera JAMAIS assez longue, ou si vous préférez, qu’elle sera toujours trop courte. L’isolement parfois pratiqué de 4 ou 5 jours dans une cuve en communication avec le bac définitif (quand ce n’est pas dans la décant !)  ne saurait donc en aucun cas être considéré comme une quarantaine ! Pire : en induisant des fluctuations d’environnement, elle AUGMENTE les facteurs de stress c'est-à-dire qu’elle DIMINUE au bout du compte les reserves de résistance de l’animal… Cet isolement bref se révèle donc in fine bénéfique pour notre bonne conscience…et handicapante pour l’animal. Un constat attristant !
 
Mais alors, combien de temps ???
 
On peut donner plusieurs réponses à cette question. Quarantaine : 40 jours. Mais c’est peu applicable, car cela vient de mesures prophylactiques moyenâgeuses, quand l’isolement protégeait les voisins plutôt que les isolés.
 
Une autre réponse vous rappellera le sketch du fût du canon qui met « un certain temps ! » pour refroidir.
 
Enfin, on peut tenter une autre approche logique : la quarantaine doit se prolonger jusqu’à ce qu’elle ne soit plus nécessaire. Bon d’accord, cela AUSSI a un relent de sketch, mais au moins on peut se poser des objectifs et en déduire des méthodes, c'est-à-dire, établir une stratégie.
 
Pour info, les aquariums publiques pratiquent couramment des quarantaines se prolongeant plusieurs mois… Et à tout prendre, pourquoi pas plusieurs années, toute la vie de l’animal ? les bacs mono spécifiques sont de ce point de vue une alternative intéressante !
 
Mais soyons positifs : la quarantaine doit se prolonger jusqu’à ce qu’elle ne soit plus nécessaire. Question : quand n’est-elle plus nécessaire ? Ou pour mieux dire, à quoi pouvons nous en juger ?
 
D’abord, on peut poser que la durée minimum doit être au moins égale à 2X la durée d’un cycle d’infestation des parasites les plus connus. Par exemple, si on considère le cas des poissons, les différentes souches de points blancs ont des cycles d’environ 3 semaines, ce qui porte à 6 semaines la durée minimum. Dans le cas des coraux, les nécroses post_introduction interviennent le plus souvent dans les 5 à 10 jours qui suivent l’achat, ce qui porte à une 20° de jours le minima. Les animaux qui muent et qui meurent de difficultés lors de cette première mue (c’est le cas de beaucoup de crevettes), muent spontanément à l’acclimatation dans les 72 heures qui suivent leur achat.
 
Ensuite, il faut s’assurer que l’isolement, c'est-à-dire la reconstruction du passé de l’hôte, a bien porté ses fruits. Si c’est un poisson, il doit avoir un comportement normal : farouche sans être peureux, actif, curieux, avoir une attitude de nage normale, manger de bon appétit tout ce que vous lui donnez etc. On ne doit constater aucune dégradation (perte de poids), et même, une fortification de bon aloi.
 
Un exemple concret ?
 
Reprenons les résultats du Post-50, avec ce grand classique : « Mon chelmon ne mange pas ». Ce cas, abondamment documenté et bien connu, me semble un excellent exemple de compilation des erreurs à éviter…et que nous n’évitons jamais !
 
A un bout de la chaîne, toujours la même chose : un chelmon chez un commerçant.
A l’autre bout, deux hypothèses :
1)  4 fois sur 5, un chelmon rachitique, agonisant, qui finit ses jours en crevant contre une grille de surverse ou la crépine d’une pompe.
2)  Et parfois, un papillon gras comme un moine, curieux voire joueur qui se GAVE (vu de mes yeux vu !!!) de …nori ! (et on ose dire que c’est ch*** à nourrir ???) dont la longévité peut dépasser 15 ans.
 
 
[coup de gueule]
Le grand argument à la mode c’est ‘il a dû être cyanuré’. Ben voyons ! Comme c’est commode ! Pourquoi pas le virus ebola aussi ??? Il est tellement plus simple de rejeter la faute…ailleurs !
[/coup de gueule]
 
L’installation technique.
 
Elle est relativement simple et peu coûteuse, mais encombrante : c’est un aquarium de plus.
 
La suite prochainement….
(technique, méthode, chiffres, analyse de résultats)





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