L’élevage des poissons clowns Amphiprion ocellaris
Date: Mardi, juillet 01 @ 17:10:00 CEST
Sujet: Biologie


 B-A-BA des cultures nécessaires.

 

Article soumis par Leth  

 

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Bien souvent citée comme une ‘reproduction facile’, l’élevage des poissons clowns n’est pourtant pas à la portée de tous les amateurs. L’élevage d’Amphiprion nécessite une installation et une organisation non négligeable.

Cependant, en ayant de la place et du temps de libre, elle est une des reproductions les plus accessibles après l’élevage des Hippocampus kuda et Pterapogon kauderni.

 

1/ Le couple reproducteur :

 

Pour commencer il faut avoir un couple d’A. ocellaris qui pond. En général, la formation d’un couple n’est pas problématique, à partir du moment où on associe un ‘gros’ (la femelle) et un ‘petit’ clown (le mâle). L’apparition des pontes est fonction du bien-être des animaux et de leur état nutritionnel. Plus vous diversifierez la nourriture, plus vous aurez de chance d’avoir des pontes.

 

Le jour de la ponte, les œufs sont oranges vifs, puis ils deviennent plus sombres au fur et à mesure du développement des larves. C’est le mâle qui s’occupe principalement de surveiller la ponte :

 

 

 

Photo 1 : mâle ocellaris nettoyant les œufs (photo L. Colon)



 

 

Chez les A. ocellaris, les oeufs éclosent environ 7j après la ponte. Cela varie en fonction de l’espèce et de la température. Les yeux des larves sont alors caractéristiquement argentés :

 

 

 

 

Photo 2 : ponte d’ocellaris proche de l’éclosion (photo L. Colon)

 

 

Larve d’A. ocellaris à l’éclosion :

 

 

 

 

Photo 3 : alevin d’ocellaris venant d’éclore (photo L. Colon)

 

Une fois les alevins récupérés, il faut songer à les nourrir efficacement.

 

 

 

2/ La culture de phyto- et zooplancton :

 

Les alevins se nourrissent de zooplancton : rotifères et copépodes, puis nauplies d’artémia salina. Les souches les plus courantes sont Brachionus plicatilis pour les rotifères et Tigriopsis brevicornis  pour les copépodes.

Pour élever ces zooplanctons, il faut disposer de cultures de phytoplanctons.

 

 

·         La culture du phytoplancton

Il existe de nombreuses souches de phytoplanctons. Toutes les espèces sont unicellulaires et pour la plupart microscopiques. Toutefois, la qualité nutritive est différente selon les souches. Il est communément admis que l’association de 3 souches différentes permet de couvrir les différents apports nécessaires.

Nous cultivons 3 souches d’algues : la Dunaliella, la Nanochloropsis et la Tetraselmis. La Dunaliella a une qualité nutritive moyenne alors que les deux autres sont de bien meilleure qualité et sont complémentaires pour certains éléments. Toutefois, la Dunaliella présente l’avantage d’être une algue avec deux flagelles ce qui la rend mobile et permet de la cultiver sans brassage (elle ne ‘tombe’ pas et est donc plus facile à tenir).

 

Pour cultiver les algues, la méthode est simple. On ensemence un récipient transparent : bouteille d’eau minérale, aquarium (peu importe les dimensions). On rempli ce récipient avec de l’eau de l’aquarium (par exemple lors d’un changement d’eau) que l’on filtre pour éliminer tout zooplancton potentiellement présent dans cette eau. Ensuite, on ajoute la souche de phytoplancton. Il est très important de ne pas contaminer ni la bouteille, ni les bulleurs ni aucun matériel de la culture de phytoplancton avec du zooplancton sous peine de voir la culture réduite à néant en quelques jours.

 

 

 

 

 

 

Photo 4 : culture de différentes souches de phytoplanctons (photo L. Colon)

 

On installe une pompe à air qui doit assurer un brassage assez important sans diffuseur. On expose le récipient à une source de lumière au moins 12 heures / jour. La température doit se situer entre 20 et 30°C. La salinité doit être comprise entre 1020 et 1030. Suivant la dilution de départ, l’eau sera bien verte en 7 à 14 jours.

Une fois bien verte, il faut repiquer cette eau dans un autre récipient et rajouter de l’eau de mer très régulièrement afin de conserver la culture. Il faut compter 1 repiquage par semaine. Pour cela, on transfert ¼ d’eau verte (voire moins selon la coloration de la culture) dans ¾ d’eau de l’aquarium.

Il faut rajouter de l’engrais pour favoriser la croissance des algues, un engrais classique pour les plantes convient tout à fait. Mais le dosage est délicat, il faut en mettre très peu car sinon il y a formation de nitrites (NO2) et pour éliminer ces nitrites, il faut diluer la solution (repiquage) et attendre 15 jours avant repiquage (et bien sûr éviter de l’utiliser pendant cette période). Malgré tout, cette eau verte est fortement polluée et il est difficile de ne pas avoir de nitrites dans une culture de phytoplancton.

Cette eau verte servira à nourrir la culture de zooplancton.

NB : Il est déconseillé de distribuer ces cultures de phytoplancton dans le bac, car très peu d’animaux que nous maintenons les consomment, donc l’intérêt d’en distribuer est négligeable. Par ailleurs, vu les ajouts d’engrais, la concentration en azote est élevée et est source d’une forte pollution dont l’impact peut ne pas être négligeable sur un aquarium communautaire.

 

·         La culture du zooplancton :

 

Le rotifère Brachionus plicatilis

Les brachions font partie du zooplancton, ils sont indispensables à la plupart des élevages. Il existe plusieurs souches de Brachionus dont la plus courante est de grande taille 120µm (0.12 mm).

 

 

 

 

 

Photo 4 : quelques ml de culture de zooplancton : brachions et copépodes (photo L. Colon)

 

Les petits points représentent des brachions, les plus gros sont des copépodes.

 

Pour les élever, on peut utiliser des bouteilles en plastique ou des aquariums. Dans un récipient, on place un repiquage d’eau verte et on l’ensemence avec des brachions. Attention à éviter la contamination de la souche de phytoplancton qui serait irrémédiablement perdue. Toute bouteille ayant eu du zooplancton ne pourra plus servir qu’à l’élevage du zooplancton. Le brassage ici doit être moins fort que pour le phytoplancton, sinon il y a sédimentation du zooplancton, mais l’oxygénation reste nécessaire. En une semaine, suivant la dose de départ et les conditions, le récipient sera envahi par les rotifères. La couleur de l’eau passera du vert (des algues) à une teinte brun clair. Les adultes sont visibles à l’œil nu.

Pour les maintenir, la température doit être de l’ordre de 25°C et la densité entre 1020 et 1030. Une petite source de lumière est nécessaire mais seulement 8 heures / jour, la lumière du jour peut suffire.

Dès que la concentration est suffisante, il faut filtrer sur un tamis assez fin et distribuer la nourriture aux larves. Il vaut mieux éviter de verser directement l’eau de la culture car elle est très polluée (taux de nitrites très élevé en général) et risquerait de tuer les alevins.

La maintenance sur le long terme du zooplancton est plus délicate du fait des pics de population et en cas de forte densité, il y a des risques de mortalité qui peuvent faire ‘tourner’ toute la culture. Il est donc important de maintenir plusieurs récipients en même temps.

La difficulté réside aussi dans le fait de disposer toujours en quantité suffisante de phytoplanctons et d’anticiper la future récolte de zooplancton.

Il faut de plus veiller à ce que le taux de NH3 dans le phytoplancton ou dans l’élevage de brachions reste acceptable car l’ammoniaque limite fortement leur développement et reproduction (il faut rester en dessous de 3ppm).

Un brachion qui n’est pas nourri peut survivre pendant plusieurs jours voire semaines suivant la densité de la culture mais celui ci n’apportera plus rien au niveau nutritionnel et n’aura donc aucun intérêt à être distribué à des larves. D’après nos observations, un brachion qui n’a pas été nourri depuis 2j est quasi transparent et n’a plus de valeur nutritive. D’après la littérature, sans nourrissage pendant 15j, la quantité de brachions vivants dans la culture se réduit très fortement.

 

 

 

 

Photo 5 : détails d’une culture de brachions (photo L. Colon)

 

On reconnaît la forme classique de Brachionus, on distingue aussi les femelles avec des masses d’œufs attachés à l’arrière du corps

 

Les copépodes

 

 

 

 

 

Photo 6 : culture de zooplancton : copépodes (photo L. Colon)

 

La méthode de maintenance est la même que pour les brachions mais nous avons observé qu’une culture mixte brachions/copépodes donne une meilleure production en copépodes qu’une culture de copépodes uniquement.

 

Il faut compter environ 2 bouteilles de phytoplancton pour la production d’une bouteille de zooplancton.

 

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Malgré tout, la qualité nutritionnelle du zooplancton n’est pas forcément suffisante pour élever des larves. Le recours à des produits professionnels d’enrichissement type Selco reste un bon atout et donne de bien meilleurs résultats.

 

3/ L’élevages des A. ocellaris :

 

Il faut prévoir un bac spécifique dédié à l’élevage des larves. Il est très important de faire un nourrissage efficace, ce qui veut dire en quantité suffisante mais surtout en qualité suffisante. A cette fin, il faut prévoir 4-5 nourrissages par jour la 1ère semaine, puis au moins 2/j la 2ème semaine. Les larves doivent littéralement baignées dans la nourriture. Le zooplancton distribués depuis quelques heures perd rapidement sont intérêt nutritionnel, d’où l’importance de le renouveler souvent. Mais parallèlement il faut une qualité d’eau optimale. Ces 2 paramètres sont peu compatibles, donc il faut prévoir des changements d’eau réguliers, 25% tous les 2j au minimum, 20% tous les jours étant préférable. Une autre installation à utiliser est le principe du mésocosme. C’est un bac d’assez grande taille, par exemple 400L voire beaucoup plus, en système clos, qui permet d’avoir des paramètres proches du milieu naturel et libère un peu des contraintes de paramètres d’eau en particulier pour la pollution. La gestion d’un élevage dans un mésocosme est donc plus aisée, mais les coûts et la place ne sont pas les mêmes évidemment.

Le passage sur nauplies d’Artemia peut intervenir au bout de 15j mais le plus tard est le mieux, les nauplies étant beaucoup moins intéressantes au niveau nutritif. Au bout de quelques jours les larves se colorent et deviennent orangées. Alors qu’elles étaient en pleine eau avant, elles commencent à chercher un substrat, une anémone, au bout de 10j. Puis la 1ère bande apparaît sur la tête.

 

 

 

 

 

Photo 7 : larve d’ocellaris au stade 1 bande (photo L. Colon)

 

La nage caractéristique du clown apparaît. Ensuite se dessine la bande au milieu du corps et enfin celle sur la queue.

Les larves prennent vite l’habitude d’associer notre présence au nourrissage et s’approchent de la vitre dès qu’elles nous aperçoivent. Elles prennent pour la plupart l’habitude de venir réclamer en surface, en sortant le nez de l’eau :

 

 

 

 

 

Photo 8 : jeunes ocellaris, élevés chez A. Roch, à la surface pour la distribution de nourriture (photo L. Colon)

 

Voire elles viennent directement « téter » à la pipette qui sert à distribuer la nourriture :

 

 

 

 

 

Photo 9 : jeune ocellaris attiré par la pipette à nourriture (photo L. Colon)

 

Ces poissons tendent aussi à être en « boule » dans un aquarium, surtout quand il n’y a pas d’anémone. Ce genre de comportements, tout comme les défauts de dessin des bandes permettent de différencier nettement les animaux d’élevage des sauvages.

En général au bout de 6-8 semaines, le passage se fait sans difficulté sur de la nourriture inerte de petite taille. La plupart des aliments finiront par être acceptés : surgelés divers, granulés, paillettes. Au bout de plusieurs mois, on a même vu des jeunes ocellaris préférer les surgelés à des Artemias vivantes.

 

Contrairement à ce qu’on lit régulièrement sur les forums, nous avons observé que la recherche d’anémone est apparemment un comportement inné et intervient au bout de 10j environ. Si des anémones ne sont pas proposées, les larves cherchent un support de substitution (on a observé le rapprochement avec les joints de l’aquarium ou l’adoption d’un faux oursin en plastique). Mais toute anémone introduite est rapidement colonisée par les jeunes Amphiprion.

Au bout de quelques mois, on obtient des adultes en miniature :

 

 

 

 

 

Photo 10 : subadultes d’Amphiprion ocellaris (photo L. Colon)

 

 

 

 

 

 

Références bibliographiques principales :

www.breedersregistry.org

http://www.recif-france.com/Articles/Amphiprions/Amphyprions2.htm

http://www.monbacmarin.com/REPRODUCTION/reproduction.htm#Fournitures

 

Elevage des rotifères Brachionus plicatilis en utilisant comme nourriture des souches algales du milieu naturel, M. de ANAUJONETER, 1977.

Intérêt des rotifères en aquaculture marine, R. POURRIOT, OCEANIA vol.5, fasc. 3, pp419-431.

La reproduction du poisson-clown Amphiprion chrysogaster endémique des îles Mascareigne P. DURVILLE, J.N. FABRE, G. GERMAIN et T. MULOCHAU, SEASCOPE vol. 49, 2005.

Biologie et état actuel des techniques de production de masse des rotifères du genre Brachionus, F. POISSON, 1990.

Le rôle du zooplancton dans l’alimentation des juvéniles de poissons : approche expérimentale in situ dans les herbiers à Zostera marina. H. ENDRAWATI, 1992.

Utilisation dans l’élevage d’A. ocellaris de techniques destinées à l’aquaculture de poissons marins tempérés. JP ALAYSE, OCEANIS, vol. 10, fasc. 5, 1984.

The Anemofishes, their Classification and Biology. G.R. ALLEN, 1972.







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