Quelques généralités sur ce poisson tout d'abord.
Article soumis par Arno54
Il fait partie de la famille des pomacentridés, qui compte d'autres membres connus, comme les chromis ou les amphiprions. Ce sont typiquement des poissons "pour débutant" car ils sont peu sensibles aux maladies, aux variations du milieu et à la pollution. En fait, pour tout dire, l'essentiel des pomacentridès (et surtout les C. cyanea) sont à peu près "increvables". De plus, ils se nourrissent volontiers d'aliments secs, s'adaptent parfaitement à des volumes réduits et ne touchent jamais aux invertébrés.
Bref, ils sont parfaits ou presque. Presque, parce que la majorité sont de véritables pestes, des teignes capables de harceler jusqu'a la mort des poissons bien plus massifs qu'eux. De plus, la tolèrance intra-spécifique, chez C.cyanea, est vraiment très faible. 100 litres par individu semble bien un strict minimum, faute de quoi, les plus faibles seront massacrés par les plus forts jusqu'a ce que tout le monde ait la place nécessaire. Ainsi, dans mon 450 litres, je n'ai jamais pu en avoir plus de 5.
C.cyanea est un hermaphrodite protogyne, c'est à dire qu'il nait femelle et qu'il deviendra mâle (à l'inverse de leurs cousins les amphiprions qui sont hermaphrodites protandre, donc naissent mâles et deviennent femelles). Je ne sais pas si cette transformation est lièe à la domination (les dominants devenants mâles) ou si cette transformation est inscrite dans le patrimoine du poisson (les futurs mâles se révélant alors par leur aptitude à dominer). Quoi qu'il en soit, le mâle dont nous allons parler ici est plus jeune que les autres membres du groupe, et il s'est récemment masculinisé ; arrivé comme femelle, à une taille d'environ 3 cm, il a grossit jusque 6 cm en moins de 3 mois, puis a brutalement montré des signes très nets de masculinisation : en quelques jours ou semaines, il est devenu dominant (étant avant cela dominé par un autre mâle plus agé), son nez, ses nageoires ont commencé à se teinter de jaune, il est devenu moins rond et plus musclé.
Cette transformation fut rien moins que brutale, puisqu'elle a pris moins d'un mois. Est-ce que 'était "l'heure"? est-ce que l'autre mâle, vieillissant (4 ans), n'était plus en mesure d'assurer la domination du groupe et a laissé la place à une grosse femelle pour devenir mâle? Je n'en sais rien. Toujours est-il qu'apres 6 mois de cohabitation acceptable d'un mâle et 4 femelles, je me suis retrouvé avec un jeune mâle dominant, un vieux mâle dominé, et trois femelles dont l'une est clairement plus forte que les autres, même si je ne crois pas pouvoir parler de domination entre les femelles.
J'ai remarqué un comportement modifié du jeune mâle un soir, au moment de nourrir. Il se montrait particulièrement ombrageux avec ses voisins (déjà en temps normal, il est vraiment casse-pied, mais là, ça tournait à l'agression gratuite) et presentait des marbrures très sombres et irrégulières qui apparaissaient et disparaissaient en quelques secondes. Je me suis rendu compte que, comme d'habitude, il avait creusé un nid sous une pierre (les cyanea sont de véritables terrassiers), mais que cette fois, il y avait une différence majeure : ce n'était plus une simple cuvette dans le sable, mais un véritable trou de 10 cm de diamètre laissant la vitre du fond à nu ; de plus, seul poisson à ne pas se faire virer comme un malpropre dans un rayon de 50 cm, la plus grosse des femelles se tenait à l'aplomb de la pierre. Elle semblait indifférente à tout (même au nourrissage), et au fil des heures elle devenait plus sombre. Fait curieux, le mâle l'ignorait totalement, sans chercher ni à la courtiser, ni à la chasser, ce qui habituellement aurait pris moins d'un quart de seconde.
Le soir, au moment d'éteindre les lampes, le mâle était entièrement marbré, et la femelle d'un gris-violet presque noir.
La ponte proprement dite à eu lieu le lendemain matin, dans les minutes qui ont suivi l'allumage du tube bleu, et s'est poursuivie pendant pres de 3 heures ; malheureusement, devant partir en déplacement, je n'ai pas pu en profiter jusqu'au bout.
Plutot que de vous décrire en détail le processus de ponte, je vous laisse le regarder . Vous remarquerez la couleur très inhabituelle de la femelle.
Cliquez ici pour télécharger la vidéo de la ponte.
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En revenant le surlendemain au soir, je pensais ne plus rien trouver. En fait le mâle s'est révélé être un excellent père, malgré sa jeunesse et le fait que c'était sa première ponte ; il surveillait toujours la couvée et la ventilait soigneusement. Voici les images du nid et du mâle, 72 heures apres la ponte.

le mâle passe sous la ponte (on distingue les oeufs pendus sous la voûte et sur les cotés) et se couche pour ventiler la couvée avec toutes ses nageoires.

Vu par l'autre coté de l'aquarium, on se rend bien compte de la taille de la cuvette creusée par le mâle.
Surveillant sa progéniture, le mâle arbore un masque rayé de jaune qui apparait et disparait ; après que je lui ai enlevé la ponte, seule la gorge et le bout du nez restera jaune, les différentes rayures sur le crâne vont disparaitre de suite.
Une fois la pierre sortie de la cuve principale, et retournée, je peux estimer de façon plus juste l'importance de la ponte : un rapide calcul me laisse penser que le nombre d'oeufs doit être voisins de 3500. Si ici ils semblent noirs, c'est parce que ce que l'on voit en fait, ce sont les yeux ; les oeufs oeufs mêmes sont blancs et transluicides, nettement allongés, collés par un petit bout et mesurent environ 1.5mm pour un diamètre de 0.5mm

Sur cette vue de biais, au centre de la photographie, la forme des oeufs, très allongée, est plus visible.La couleur réelle des oeufs, qui semblent gris transluicide après 72 heures aussi.
Avec un peu de recul on voit que la surface de ponte est d'environ 150 cm², et la densité des oeufs d'environ 25 au cm² ; ce qui me laisse penser que le total doit avoisiner les 3500 oeufs. La femelle n'est pourtant pas énorme, 5 bons centimètres maximum.
Il n'y a aucun trou visible dans la nappe d'oeufs, il ne semble pas en manquer ; je pense que le taux de fertilisation des oeufs a dû être bien proche de 100%

Sur cette vue (prise en macro à 6 cm puis agrandie et corrigée en netteté avec photoshop) on distingue bien la structure de chaque enveloppe : la larve n'est pas enroulée dedans mais quasiment droite; le bout collé de l'enveloppe correspond toujours à la queue de la larve, la tête étant donc dirigée vers le bas; la vesicule vitelline est quasi inexistante; elle se confond avec les organes qui sont recuverts d'une pellicule argentée ; chose curieuse, il semble bien que toutes les larves soient orientées sur le même plan (en l'occurence, le dessus du futur poisson vers nous, et le ventre vers l'arrière plan de la photo) c'est assez net car on voit toujours les deux yeux les uns a cotés des autres ; si les larves se développaient sur une plan aléatoire, les yeux devraient être visibles partiellement ou pas du tout, selon l'importance de la rotation de l'embryon sur son axe .
Pascal Romans me fait remarquer qu'en fait la larve n'est pas enroulée en boule, mais repliée tout de même, sans quoi elle ne pourrait pastrouver appui pour se dégager de l'enveloppe au moment de l'éclosion
La pierre a été sortie de la cuve principale et l'incubation va se poursuivre dans une cuve annexe. Il semble que le nourrissage sera un vrai problème ; echec ou résussite cela sera relaté dans un futur article.
En complèment voici le copié collé de questions posées :
Q : comment reconnais tu les males des femelles ?
R : Elles n'ont pas la même forme ni les mêmes couleurs. Le mâle est assez nettement plus grand, les ventrales, la gorge et le nez sont jaunes ; la caudale est bordée de bleu, voire entièrement bleu si il s'enerve ; la femelle est plus petite, plus ronde et moins musclée ; elle est bleue et légèrement perlée ; la caudale est quasi incolore, les ventrales sont transparentes à bleutés.
Ca peut avoir l'air subtil comme ça , mais quand on a les deux sous les yeux c'est quasi impossible de se tromper.
Je vais ajouter des photos male/femelle pour que ça soit plus parlant.
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Sur cette photo c'est la femelle pondeuse, sur toutes les autres c'est le mâle. Malgré la ressemblance, les différences de formes et de coloration (dichroisme et dimporphisme) sont nettement perceptibles. A noter que la barre noire qui traverse l'oeil n'est pas présente en permanence, seulement dans les états d'excitation (photo prise le lendemain de la ponte)
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On aperçoit les ventrales jaunes, l'anale entièrement colorée, la gorge et le nez jaune, et il est assez net que la forme globale est différente, le mâle ici est plus long, moins rebondi et plus musclé. Notez bien qu'il y a deux mois, les deux poissons se ressemblaient à s'y méprendre, avant que le mâle ne se masculinise. |
Q :
Tu penses donner quelle nourriture aux alevins ??
R :
je vais explorer trois possibilités, en scindant les alevins en trois lots.
1) un petit lot (100) sera laissé en autonomie dans le refuge, shunté pour l'occasion. Le refuge grouillant de vie, j'espère que quelques-uns des plus débrouillards seront trouver de quoi survivre jusqu'au stade artemias.
2) un lot plus important sera nourrit via un goutte à goutte d'eau verte et des nauplii de copépodes, dans une cuve de 40L.
3) le reste sera réparti dans des bouteilles d'un litre et demi a demi pleine et nourrit exclusivement avec des aliments de substitution variés (un aliment déterminé par bouteille)
La probabilité d'amener à terme des alevins du premier coup est très faible, mais de cette façon, je vais pouvoir comparer les avavntages des divers milieux et nourritures; ainsi, lors de la prochaine ponte (dans trois semaines) j'aurai une idée plus précise du protocole alimentaire a respecter. Cela me donnera une vraier chance de pouvoir faire passer aux larves de la ponte suivante le cap de la première semaine, à la suite de quoi elles savent manger des nauplii de copépodes puis des artémias.
Vu la robustesse de l'espèce, je pense qu'une fois passés sur artémias (environ 10 jours), le taux de survie devrait être excellent. La métamorphose, d'apres P.Romans, intervient à 24 jours et donne une replique miniature de l'adulte (1 cm), moment auquel la mortalité devrait devenir quasi-nulle.