J’aimerais vous parler au cours de cet article des rapports entre la médecine et nos amis les animaux des récifs. Cet article ne vous permettra pas d’aller plus loin dans la maintenance de vos animaux préférés mais apportera quelques anecdotes intéressantes qui vous ferons certainement voir votre petit biotope sous un autre angle.
De l’océan au labo
Par exemple saviez vous que les coraux durs sont largement utilisé en chirurgie osseuse et dentaire ?

La structure de l'exosquelette du corail est semblable à celle des os spongieux de l'organisme humain. Ce dernier, une fois nettoyé, traité et purifié sert de biomatériau dans les réalisations orthopédiques, crânio-maxillo-faciale, dentaires.
Les biomatériaux sont des matériaux compatibles avec l'organisme utilisés pour fabriquer les implants, les prothèses et le matériel utilisé en chirurgie. Le corail peut aider à la réparation de certaines fractures, notamment ostéoporotiques. En effet son origine naturelle lui permet d’être plus sain que certains matériaux artificiels et semble plus facilement accepté par l’organisme humain. On a démontré que cette substance était biocompatible avec l'organisme humain, ostéoconductive et biodégradable. De nombreuses études confirment même que très rapidement le morceau de corail et son calcium sont complètement absorbés et récupéré par l'os naturel qui prend alors sa place au point qu'il devient difficile de faire la différence avec l'os d'origine.
Le chirurgien trouve donc là un matériel idéal, facile à travailler, bien accepté par l'organisme humain et qui sera rapidement colonisé puis remplacé par de l'os naturel.
Pour l'anecdote, il y a même eu des études qui tentaient de comparer différents types de corail (acropora, porites) finalement sans grand avantage pour les uns ou les autres ...
Images coraux
Dans certains messages publicitaires, on allègue que, pris par voie orale, le calcium de corail serait mieux absorbé que d'autres sources de calcium, notamment à cause de la présence d'autres minéraux à l'état de trace. Pour l'heure, aucune étude n'est venue confirmer ou infirmer cette allégation.

Il n'existe, à notre connaissance, aucun essai clinique ayant porté sur des humains auxquels on aurait administré du calcium de corail et qui aurait permis d'en démontrer l'efficacité ou d'établir sa supériorité par rapport à d'autres formes de calcium.
Il est un matériau encore plus pure que le corail il s’agit de la nacre.

Le corail n'a pas la même substance organique que la nacre ; le minéral constitutif du corail n'est pas de l'aragonite pure. Il est canaliculaire - donc résorbable - contrairement aux implants massifs en nacre. Il est aussi difficilement décontaminable à cause de sa symbiose avec des micro-algues alors que la nacre est très pure, peu contaminable et de porosité nulle. La nacre est prélevée sur les coquilles des coquillage ou plutôt à l’intérieur, il s’agit de la surface lisse que l’on peut observer dans la coquille lorsque l’on ouvre un coquillage. Elle est formée d’une partie minérale composée d’aragonite (calcium) et d’oligo-éléments marins essentiels ainsi que d’une partie organique, riche en protéines semblables à celles qui constituent la substance fondamentale de la peau. Elle a donc d’autres applications que celles dont je viens de vous parler. Elle est largement utilisée dans la cosmétique et ce depuis les débuts de la civilisation. A travers les âges et sur tous les continents, elle servait de base pour les crèmes et les onguents dans la pharmacopée traditionnelle.
Par exemple, dans l’Egypte ancienne, Cléopâtre utilisait un onguent à base de Nacre et de Perle pour donner de l'éclat à son teint. Par ailleurs, les Mayas et les Chinois possèdent toujours traditionnellement des produits à base de Perle et de Nacre. Quant aux Amérindiens, ils attribuent à la Nacre des propriétés curatives contre les brûlures du soleil.
Dans le domaine des traitements vasculaires il a été démontré que les conotoxines issues des cones des mers tropicales conus geographus pouvaient s’avérer particulièrement efficaces.

Ces mollusques sont venimeux, se sont des prédateurs nocturnes qui utilisent différentes conotoxines pour capturer leurs proies. Les conotoxines sont de poisons ayant un effet foudroyant sur le système nerveux. En particulier les conotoxines alpha, qui bloquent les récepteurs de l'acétylcholine, et les omégas, qui inhibent les canaux calcium des neurones. Ce sont d'ailleurs ces dernières qui pourraient présenter les plus belles perspectives d'applications thérapeutiques. Des recherches récentes ont en effet montré qu'elles possèdent un effet hypotenseur lorsqu'elles sont injectées directement dans la circulation sanguine. En outre, elles semblent capables de soulager la douleur dans certaines situations, notamment quand elles sont administrées directement dans la moelle épinière. Mais comme pour les toxines inhibitrices des canaux potassium, les conotoxines demeurent avant tout un outil de recherche sans égal.
D’autres invertébrés marins tropicaux permettent aussi d’aider la recherche en médecine par exemple la cytarabine est une substance anticancéreuse extraite d'une éponge des Caraïbes. L'ecteinascidine 743 isolé d'un Tunicier, Ecteinascidia turbinata,

est un agent alkylant sélectif des résidus guanine de l'ADN du petit sillon. La bryostatine, l'aplidine sont d'autres exemples de substances provenant également de sources marines. Certains de ces produits sont en étude clinique et conduiront à enrichir l'arsenal thérapeutique existant.
Les algues marines sont aussi utilisées pour celle-ci je vous renvoie à ce lien qui se passe de commentaire tant l’article est complet
http://www.01sante.com/xoops/modules/icontent/index.php?page=590
Un autre mollusque des mers tropicales a aussi attiré l’attention des chercheurs en médecine, il s’agit de Dolabella auricularia appelé plus communément lièvre de mer. Souvent recommandés par certains aquariophiles pour éliminer les algues indésirables en bac récifal. Il a été découvert dans l’océan indien et produit des dolastatines. Utilisé en l’état la dolastatines est un puissant poison ayant notamment été utilisé par Agrippine pour assassiner l’empereur romain Claude en l’an 54 après. J.-C. et permettre l’accession au trône de son fils Néron. Par contre une fois maîtrisé et correctement employé ce poison pourrait s’avérer être très efficace dans la lutte contre certain cancers.
Il existe encore bon nombre d’exemples de ce type mais à ce stade il n’est pas utile de trop multiplier les exemples d'utilisation de substances chimiques issues de la mer ... Il en sort presque chaque jour... Il y a encore peu de temps on signalait que des chercheurs venaient de mettre au point une méthode de synthèse d'un alcaloïde au propriétés intéressantes copié d'une substance produite par ... une anémone de mer. Pourquoi celle ci plutôt que celle là... Il faut savoir que la recherche médicale commence très souvent par l'essai de nouvelles substances efficaces ensuite, on extrait puis on teste les effets possibles de cette substance. Enfin dans un troisième temps les chimistes cherchent un moyen de produire en grande échelle le nouveau produit. Il est rare que les chimistes imaginent puis créent de toute pièce une molécule utile. Généralement on modifie, on adapte des molécules qui existent déjà. Les étapes 2 et 3 sont souvent bien maîtrisées, la chimie a fait de gros progrès!
A notre époque, la première étape est la plus difficile. Les médecins et les chimistes ont testé depuis des décennies toutes les substances pouvant avoir un effet intéressant dans notre environnement. On a cherché toutes les plantes possibles toutes les substances crées jusqu'au fin fond de la foret amazonienne pour un coût souvent prohibitif et un résultat souvent décevant. Les substances qui nous entourent ont en effet l'inconvénient d'être prévue pour un usage en milieu végétal ou aérien très différent de celui présent au sein de notre corps. En outre cette méthode a finalement été utilisée et testée dans tous les sens depuis des siècles par tous les humains de cette planète (décoctions, tisanes, infusions ne sont pas des méthodes très nouvelles.)
Au contraire le milieu marin renferme des millions de molécules vraiment nouvelles.
Elles ont des effets souvent très puissants (communication, défense, attaque, digestion, les substances doivent être puissante pour être efficaces malgré la distance)
Celles ci sont prévues, sélectionnées pour une utilisation dans le milieu marin donc un milieu salé proche de celui existant dans notre corps.
Enfin toutes ces substances sont totalement nouvelles car pour l'instant ce milieu reste très mal connu.
L'avenir des nouvelles molécules est donc certainement plus au fond des mers que dans la décoction des plantes de notre planète.
En résumé on peut dire que le corps humain garde beaucoup de traces de nos très anciennes origines marines. Il semble donc logique de chercher et d'explorer ce que la nature a pu produire dans ce milieu. Pourtant depuis des siècles pour des raisons de disponibilité et de commodité la médecine a surtout recherché ses médicaments au sein du monde végétal. La technologie moderne permet maintenant d'envisager une étude sérieuse de tous ces produits marins... ce qui risque de nous prendre quelques millénaires !!
Mythes et réalités
La petite anecdote d’Agrippine m’amène à vous parler des mythes qui ont étés développés autours des vertus que peux nous offrir la mer.
Tout le monde a déjà entendu parler des hippocampes séchés ou des ailerons de requin auxquels on attribue certains pouvoirs.

La pharmacopée chinoise (Zhong Yao) utilise les hippocampes depuis plus de 400 ans, des potions à base de ces derniers séchés auraient des effets miracles sur les vertiges et les maux de tête, les grands chagrins, les douleurs lombaires, les infections respiratoires, la faiblesse post-natale, l’asthme, l’artériosclérose ou l'incontinence et même l’impuissance.16 millions de ces pauvres animaux sont sacrifiés chaque année au nom d’une pseudo médecine traditionnelle qui n’a d’ailleurs jamais obtenu la moindre caution scientifique. C’est principalement à cause de ce genre de dérives que l’hippocampe est devenu une espèce menacée dont le commerce est devenu de plus en plus réglementé. http://http://www.corallium.net/modules.php?name=News&file=article&sid=914&mode=&order=0&thold=0
Les hippocampes ne semblent pas être les seuls animaux marins à avoir des vertus aphrodisiaques car les phoques subissent l’ablation de leur pénis dans le même but, celui de revigorer celui des hommes déficients et si cela ne suffit pas on rajoutera par-dessus une bonne soupe d’aileron de requin agrémentée d’un peu de tortue (les requins étant amputés de leur ailerons vivants puis rejetés à la mer une fois « opérés » agonisant ainsi plusieurs jours !!!).

Et si ces messieurs ne sont toujours pas suffisamment excités après ce somptueux repas madame leur servira des coquillage (moules, huîtres etc.) ces derniers évoquant le sexe de la femme sont utilisés par certaines peuplades pour stimuler l’imagination des « males ». Hormis le coté évocateur de ces coquillages il semble leur richesse en zinc prouverait leur pouvoir stimulant. Réciproquement le concombre de mer sera servi a madame pour stimuler sa libido.
Les risques avec les animaux marins
Nous avons vu que les organismes marins peuvent être utiles pour aider à traiter les maladies et guérir nos corps mais ces derniers peuvent aussi présenter des risques que ce soit dans la nature ou dans nos bacs.
Lorsque l’on parle d’organismes marins les premiers animaux auxquels nous pensons sont en général les poissons .Ces derniers bien que sympathiques et décoratifs peuvent aussi être très dangereux.
Les plus célèbres poissons venimeux sont les rascasses ou pterois de la famille des scorpaénidés, ces poissons sont munis de 13 épines dorsales venimeuses dans leurs « voiles », ces dernières contiennent un poison violent qui peut entraîner de fortes douleurs et même des syncopes .

Il est recommandé d’éviter tout contact avec ces animaux, en cas de blessure nous vous conseillons de passer l’endroit touché sous l’eau chaude ou de le mettre en contact avec une autre source de forte chaleur puis de le mettre en contact avec un objet très froid (glaçon,eau froide etc.), le poison ne supportant pas les chocs thermiques et les brusques variations de températures cela aura un effet antalgique immédiat. Dans le meilleur des cas vous vous en tirerez avec une douleur ankylosante pendant quelques jours, si des complications se font sentir il est conseillé de consulter un médecin. Dans la même famille on trouve les poissons pierres ou Synanceja verrucosa qui est le plus dangereux de tous mais aussi le plus rare en aquarium.

Les plus courant dans nos bacs sont les acanthuridés ou poissons chirurgiens dont les 2 lames érectiles situées de chaque coté de la nageoire anale sont très tranchantes et contiendraient du venin pour certains d’entre eux.
Les murènes sont moins fréquentes dans nos aquariums. Ces dernières peuvent infliger de profondes morsures avec leurs dents en forme de crochet injectant ainsi directement un venin contenu dans leur salive dans le sang.

Les poissons les plus rares en aquarium sont les raies. Certaines d’entre elles possèdent une épine venimeuse sur la face dorsale de leur queue.

D’autres poissons et organismes marins sont aussi très venimeux mais assez peut fréquents dans nos bacs, pour en connaître la liste exhaustive je vous propose de suivre ce lien très complet qui complétera l’inventaire et qui vous donnera de plus amples informations sur les venins, leurs symptômes et les remèdes.
http://http://medecinetropicale.free.fr/cours/envenimations_animaux_marins.htm
Ref
The use of coral as a bone graft substitute.
Guillemin G, Patat JL, Fournie J, Chetail M.
J Biomed Mater Res May 1987; 21(5):557-67
Abstract
Experiments have been performed to investigate the use of coral skeletons as bone graft substitutes. Skeletal fragments of different coral genera were implanted into cortical and spongy bone defects and used to bridge transcortical resections in the femur. The implant site was monitored for up to 18 months. Radiographically, both cortical and spongy bone defects were at least partially filled by new bone after 8 weeks while the implants underwent continuous resorption. Coral resorption and replacement by new tissue was also observed in the transcortical resections. The process of resorption was attributed to the enzymatic attack, especially carboanhydrase. This was confirmed by experiments in which dogs were implanted with coral in transcortical resections and treated daily with acetazolamide, a carboanhydrase inhibitor; the absorption appeared delayed and the resections failed to heal.
Comparison of coral resorption and bone apposition with two natural corals of different porosities.
Guillemin G, Meunier A, Dallant P, Christel P, Pouliquen JC, Sedel L.
J Biomed Mater Res Jul 1989; 23(7):765-79
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Affiliation
Laboratoire de Recherches Orthopédiques, U.A. CNRS 1161, Paris, France.
Abstract
Previous studies showed that natural coral implanted into bone tissue was gradually resorbed and progressively replaced by newly formed bone. The objectives of this study were to compare the fate of two Madreporian corals, Porites and Acropora, after implantation during 1 and 2 months into sheep and pig long bones. These materials are identical in composition (CaCo3) but differ in volume (49 +/- 2%, 12 +/- 4%, respectively) and mean size (250 vs. 500 microns) of porosities. The non-decalcified histological slices were observed under light microscopy. Implant resorption and new bone formation were quantified through an automatic image analysis system. Quantitative results showed that the larger the porosity volume, the greater was the coral resorption as well as the new bone apposition. Large differences were found between the two animal species. Histological findings were identical to those previously reported: implants were resorbed and progressively replaced by newly formed bone. Coral was found to be an osteoconductive biomaterial which acted as a scaffold for a direct osteoblastic apposition and consequently could be an interesting alternative to bone auto-, allo-, or xenografts.