Capei nous propose ici l'analyse d'une mésaventure qui vient de lui arriver, et qui a eu le grand mèrite de mettre en valeur les avantages et faiblesses des différents types de maintenance...
Suite à l’article du chef chef « rencontre au sommet, la revanche » et comme promis je viens vous faire part de l’évolution de mon bac depuis la méthode Jaubert au « bare-bottom ».
Les lecteurs seront certainement surpris d’un tel revirement de situation véritablement d’un extrême à l’autre en si peu de temps, voici le pourquoi du comment de la question.
Présentation de la situation
Tout a commencé en décembre de l’année dernière (2003) je décide de transférer mon bac de 200 litres dans une cuve plus importante aux dimensions suivantes : 150x60x50 soit 450 litres bruts (tiens, ça me rappelle la cuve de quelqu’un..) cette dernière me servant pour l’élevage de poissons d’eau douce.
A cette époque se pose le problème de savoir quelle méthode utiliser ; tiraillé entre mes amis aquariophiles qui insistent pour que je passe au berlinois (cela fait alors exactement 1 an que j’ai débuté en eau de mer et que je suis fidèle à la méthode Jaubert) et ma passion pour les méthodes dites naturelles, je décide finalement de suivre mon intuition étant convaincu que la technique imaginée par le professeur Jaubert est LA méthode du futur.
J’achète donc tout le matériel nécessaire à la confection d’un Jaubert « dans les règles de l’art ».
Petit rappel sur le fonctionnement de la méthode Jaubert :
Elle consiste en » une filtration biologique interne grâce à un lit de sable et un espace dessous d'eau libre appelé plénum.
Rappelons que toute filtration biologique d'aquarium vise par le travail d'une population bactérienne- aérobie et anaérobie facultative - variée à réduire les produits azotés qui s'accumulent (excréments, reste de nourriture, mucus, cadavres…) successivement en ammonium/ammoniac, nitrites, nitrates puis azote gazeux… s'échappant de l'aquarium.
Nous voulons reconstituer le plus complètement possible le cycle de l'azote, fondamental dans la nature.
Le montage d'un aquarium Jaubert est dans le principe fort simple :
Une couche de 7,5 cm à 10 cm de sable de corail, de Maërl et/ou d'aragonite.
Un interstice entre la couche inférieure de ce sable et la vitre du fond de 2 cm, grâce à une grille (généralement de filtre sous sable sans exhausteur).
Un brassage en surface de 5 à 10 fois/heure le volume du bac.
Un éclairage puissant, de préférence à l'aide d'ampoules HQI - iodures métalliques.
Comment cela fonctionne : L'eau - grâce au brassage - traverse par diffusion le sable. Ce sable comporte des taux d'oxygène différents : de 10mg en surface (zone oxique - 0,5 mg) à des zones en teneur faible (zone anoxique).
La colonisation bactérienne se fait donc en conséquence : en surface bactéries aérobies, réductrices de nitrites et en profondeur bactéries anaérobies facultatives réduisant les nitrates en azote gazeux, qui s'évapore de l'aquarium
Les bactéries rejettent également du CO2 qui dissout le sable et libère dans l'eau du calcium - dont les coraux sont grands consommateurs.
La nitrification et la dénitrification représentent donc les deux processus qui nous intéressent dans un lit de sable
Nous avons donc un filtre biologique efficace mais aussi du même coup ce que l'on pourrait appeler un "réacteur à calcium naturel » » ( voir l'article source)
Je dispose donc une dizaine de grilles de 5 cm de hauteur sur le sol et les recouvre d’une moustiquaire, je rajoute 75 kg de sable de corail neuf soigneusement rincé à l’eau douce et je fais tourner le tout quelques jours avec de l’eau de mer à densité désirée, brassé et éclairé par ma rampe maison 3x150 watts.
Je transfère mon 200 litres quelques jours plus tard, le sable vivant puis les pierres vivantes et enfin le reste du vivant qui se compose de nombreux coraux mous, quelques sps et lps, crevette lysmata amboinensis, nanars et escargots et un macropharingodon méléagris.
Fin décembre je rajoute une dizaine de kilos de pvs, un sohal, un zanclus cornutus, un xanthu et le poisson de mes rêves (celui pour lequel le bac a été monté) un pygoplite diacantus de mer rouge.
On m’offre ensuite énormément de boutures de sps en tous genres comme pour fêter l’évènement.
Les cyanobactéries ne tardèrent pas à se faire remarquer et c’est là que je commis ma deuxième erreur, le bac était trop jeune et trop vite trop peuplé, j’ai dû lutter contre ces pestes pendant longtemps !!
Le pygoplite, le xanthu et le zanclus font des points blancs. Ma femme réussit à les attraper et nous les installons dans un précaire bac de traitement. Celui-ci est simplement composé d’une caisse en polystyrène de trans-ship munie d’un chauffage et d’une petite pompe de brassage pour l’aération. Ma femme pense avoir une bonne idée en nourrissant les poissons juste avant d’aller se coucher (je dormais déjà). Je retrouve les 3 pauvres malheureux sur le dos le lendemain…
Le bac continuera à tourner avec la population restante de longs mois, mise à part quelques petites boutures de sps qui trouveront leurs places sur un décor encore un peu vide.
Déjà à cette période (début 2004), je commence à réfléchir (si si ça m’arrive !!) à l’éventualité de pouvoir combiner méthode Jaubert et berlinoise, désireux de tirer des avantages des 2 méthodes. De nombreux prototypes de « pseudo écumeurs» ont été imaginés sans grand résultat (qu’est ce que je suis mauvais bricoleur !!!)
Je continue toujours à remplir mon bac tranquillement, ophiures, oursins, zebrasoma flavescens et autres petites bébêtes sympathiques viennent ornementer mon « jojo » qui ressemble décidément de plus en plus à un berlinois au niveau de la population (4eme erreur ??)
Certains coraux poussent relativement bien à exceptionnellement bien (par exemple un stylophora brun qui a eu une croissante carrément impressionnante )

de beaux stylophora brun,démarrés d'une toute petite bouture ont connus une pousse très satisfaisante (5 mois après bouturage)
Les cyanos sont toujours présentes mais ne se propagent pas de manière catastrophique, je préfère les laisser tranquilles.
Par contre une autre peste commence réellement à m’inquiéter, se sont les aiptasias, ces petites anémones de verres se propagent dans tout le bac de manière exponentielle, et je pense que leur propagation est liée à la méthode de maintenance, elles semblent trouver tout ce qu’il leur faut pour croître dans le jaubert.
Toujours dans mon optique de bac hybride je fini par dénicher un écumeur Tunze, qui me semble approprié à mon cas, cette marque d’écumeurs ayant la réputation de ne pas être trop « violente » je me dis que ce dernier retirera suffisamment de déchets pour que le bac soit sain
mais qu’il en laissera aussi suffisamment pour que le sable trouve tout ce dont il a besoin pour « vivre » (3eme erreur ?)
Je pense à ce moment avoir trouvé l’équilibre parfait dans ma méthode dite « jauberlinois »
Je commence à sérieusement peupler le bac et j’ajoute, entre autre, un gros naso, 5 chromis viridis, un gros clown. (5eme erreur ?)
A ce moment le bac ressemble de plus en plus à un Berlinois qu’à un Jaubert, je suis aussi obligé d’augmenter le brassage vu la population toujours croissante en sps, je tourne en moyenne à 20 fois le volume brut par heure. (6eme erreur ?)
Les paramètres du bac semblaient satisfaisants :
Les NO3 se maintenaient aux alentours de 10 mg/l
Le CA dépassait les 500 mg/l
Le KH avoisinait les 8 dKH
Seul le MG était un peu faible, aux alentours des 1000 mg/l mais augmentait doucement.

vue d'ensemble du bac
Voici donc un bref topo de la situation avant le remaniement complet qui a eu lieu le samedi 10 juillet 04. Je tiens à préciser que je me suis toujours arrangé pour que les animaux soient en meilleure santé possible. Et même si l’on ne peut pas tout prévoir, une épidémie de n’importe quelle maladie peut vite se déclarer et rapidement décimer la population d’un bac, j’ai toujours fait en sorte que les poissons soient nourris abondamment et avec le plus de variétés de nourriture possible afin d’éviter toute carence alimentaire et ainsi essayer de les rendre le plus résistant possible. Je pense que ceci aura une importance dans la suite de l’histoire.
C’est là que tout commence !!!!
Je récupère, la semaine précédent ce fameux samedi, quelques pvs d’un ami que je place dans le petit bac « bare- bottom » de 96 litres qui orne la chambre de mon fils et contenant deux occélaris, des coraux mous, un bel euphilia qui ne se plaisait pas dans le gros bac et un morceau de montipora marron, le tout est filtré uniquement par une grosse quantité de pierres vivantes et l’entretien consiste en de fréquents et massifs changements d’eau, le bac tourne à merveille…

le bare bottom de maxime,tout allait encore bien

des habitants épanouis
Le lendemain en observant le petit aquarium je me rends compte que les coraux mous font triste mine, que les 2 durs sont littéralement morts !!!!
Dans mon esprit une chose est certaine : cela vient des nouvelles pvs !!!
Mais je ne comprend pas pourquoi elles ont fait planter le bac, elle tournaient depuis de nombreuses années dans un bac réputé sain et étaient très colonisées par de nombreux organismes.
La réponse ne me parvint que tard dans la journée lorsque mon pote me téléphone et m’annonce, complètement paniqué, que son énorme bac vient de planter.
750 litres remplis jusqu’à la gueule de grosses pièces de coraux durs carrément craché en quelques heures, il semblerait que ceci expliquerait le crash de mon petit bac, les pvs avaient certainement dues emmagasiner « le je ne sais quoi » qui a fait planter le bac de mon ami et le larguer dés leurs introduction dans celui de mon fils.
Je procède immédiatement à un changement d’eau de 50 %.
Le lendemain je ne constate aucune amélioration, je décide d’attendre.
Le surlendemain toujours rien, je procède à un changement de 90% d’eau.
Aucune amélioration le jour d’après, le jeudi 8 juillet, je décide d’arrêter purement et simplement le fonctionnement de cet aquarium craignant pour la vie des animaux, j’entreprends donc de transférer tout le vivant de ce bac dans le gros 450 litres me disant qu’un si petit volume de peut pas déstabiliser un si gros bac apparemment suffisamment équilibré, dans mon esprit, pour accuser le coups…
Je rentre chez moi le lendemain à midi du travail et me jette sur le bac pour voir si tout va bien….horreur !!!!! (6° et fatale erreur)
Les coraux sont tous refermés, les sps perdent leurs tissus, mon magnifique tubastrea part en lambeaux, mon pépère le gros naso respire vite, trop vite il est carrément « stone ».
Je décide d’appeler Zorro enfin méga cul-cul à la rescousse, je lui téléphone et nous décidons rapidement du plan d’urgence à mettre en œuvre : pour le moment préparer le maximum d’eau neuve, ne rien toucher pour ne rien stresser, observer l’évolution et prier, on verra demain comment a évolué la situation.
Le fameux samedi 10 juillet, le jour ou tout bascule…
Arrivée du MCC à 12 heures pétantes, j’ai bossé de 4h30 à 11h30 du mat’ je suis déjà crevé avant d’avoir commencé et pourtant je ne suis pas au bout de mes peines…
Arnaud observe le bac de longues minutes dans un silence (inhabituel et surprenant de sa part) ne laissant rien présager de bon, pour lui le diagnostique est clair et limpide, la sentence tombe : on aura de la chance si on sort quelque chose de vivant de cette préparation de soupe !!
En effet, certains coraux ne sont déjà plus que l’ombre d’eux même, les poissons ne sont pas au mieux de leur forme. Le plus inquiétant est le naso, le chouchou du bac ,

le beau naso en pleine forme,le chouchou de madame capei
qui est dans un réel état d’apathie (on arrivera d’ailleurs à le pêcher directement à la main et sans effort…)
Nous nous concertons quelques instants et nous mettons directement à l’œuvre : la mise en place d’un plan de sauvetage, le tout est tiré vite fait sur papier,on imagine le résultat final et les étapes avant d’y parvenir, ça donne véritablement le vertige :
-il faut sortir tout le vivant et le stocker
-siphonner toute l’eau et en stocker
-retirer tout le sable
-nettoyer la cuve une fois vide
-construire le support en pvc
-revoir et adapter le brassage au bare bottom
-trier ce qui est mort et l’éliminer
-monter plus de 200 litres d’eau de mer au premier étage en empruntant un escalier plutôt limite !
-tout remettre en place
Tout le vivant est donc stocké dans diverses cuves avec l’eau d’origine, ce qui est mort, pour le moment pas grand-chose mis à part quelques sps, est systématiquement observé puis éliminé.
Ensuite vient l’étape un peu ragoûtante du démontage du lit de sable. Une surprise nous attend arrivés au plénum, les grilles le composant sont devenues de couleur jaunâtre alors qu’elles étaient vertes à l’origine, nous imaginons ou sont passés tout les colorants et autres produits chimiques composants la teinture… (Vous aurez remarqué que mon listing des erreurs a commencé à partir de la seconde, en effet, ceci est la véritable première erreur que j’ai faite lorsque ‘ai monté le bac puisque c’est par le plénum que j’ai commencé)
15heures pause déjeuner chez un grand restaurateur connu (sardinesol).
Viennent ensuite le nettoyage de la cuve, le montage du support en pvc imaginé et confectionné par le maître Arno de Montgonfleur de telle manière qu’aucun sédiment ne puisse être prisonnier sous le décor (description dans la deuxième partie de cet article)
, la disposition du brassage pour que celui-ci soit le plus efficace possible (nous avons trouvé un truc plutôt excellent dans la lutte contre les sédiments, je vous en cause plus loin !!), re-remplissage de la cuve, remise en place du vivant tout ceci nous mène jusqu’à minuit exactement soit 12 heures de boulot acharné et méticuleux, je suis sur les genoux (je vous rappelle que je suis levé depuis 4 heures du mat et que j’ai déjà une journée de taf derrière moi) le chef chef est lessivé, il a fourni un effort colossal (surprenant hein ?!!!!) et a dirigé les opérations de main de maître .
La décision de passer d’un bac fonctionnant sur le principe de la méthode Jaubert à un bac berlinois « bare bottom » a donc été prise en quelques instants : imaginez la révolution chez la famille « Capei » des purs et durs convaincus de la méthode Jaubert !!! Mais je pense, avec le recul, que c’était le seul moyen de sauver rapidement tout le vivant restant, si nous avions laissé les choses telles quel je pense que le bac aurait été trop long à se rétablir , et que quasiment tout le vivant y serait passé. J’ai préféré jouer la sécurité au maximum, la vie avant tout, les convictions et la conscience plus tard…
Finalement peu de casse reste à déplorer, les euphilia n’ont pas résisté, de même que mon tubastrea

un magnifique tubastrea qui demanda de longs mois de "remise en forme"(il ne restait plus que 3 ou 4 polypes lors de l'introduction dans le bac)
auxquel je tenais beaucoup. Quelques sps (montipora, sériatopora et stylophora) et n’ont pas tenu non plus et bizarrement ce sont les acropora, réputés comme étant les coraux les plus fragiles, qui s’en sont le mieux sortis. Ils commencent déjà à reprendre des couleurs et à pousser une semaine après le crash.
Je vous parlais un peu plus haut de ma fierté de maintenir des animaux dans un état sanitaire plus que satisfaisant, et je pense que cela les a beaucoup aidé a supporté un tel stress ; plus particulièrement le naso auquel on donnait peu de chance de survie étant donné son état d’hyperventilation, son refus de s’alimenter et son état comateux (ramassé inerte à la main dans le transfert), heureusement ses réserves vitales étaient importantes, (je pense que c’est cela qui a permis de le sauver), il a retrouvé presque toute son énergie aujourd’hui ( 1 semaine après le crash).
Vous remarquerez que j’ai relevé plusieurs erreurs au cours de cette première partie de « la saga de mon bac » . Je reviendrai en détail sur chacune d’entre elles dans le prochain épisode…
To be continued