Ce mois-ci CAPEI vous propose l'interview exclusive de FAB88 responsable des ventes du rayon aquariophilie chez "NILUPHAR".N'hésitez pas à lire ce reportage si vous voulez en savoir un peu plus sur l'envers du décors des grandes boutiques aquariophiles françaises...
Fab88 bonjour, pouvez vous vous présenter ?
Vosgien d’origine, je suis aquariophile depuis ma naissance (mon père étant aquariophile),
Apres avoir reproduit pas mal de chose en eau douce (des discus aux aphios, en passant par les betta et cichlidés africains) j’ai mon premier bac marin à l’age de 14 ans ( en 1992) directement en récifal et à l’époque il n’y avait pas autant d’info sur le sujet.
Vraiment passionné par l’aquariophilie je décide d’en faire mon job, et je fais les études en ce sens : IUT de biologie appliqué, puis DNTS en aquaculture et aquariologie à l’aquarium de Nancy.
Au départ je voulais bosser dans des aquariums publics, mais le peu de places m’a découragé et m’a orienté vers le commerce.
Il serait intéressant d’en savoir plus sur vos centres d’intérêt personnels : avez-vous des bacs, de quelle nature ? qu’est-ce qui vous attire fondamentalement dans cette discipline ?
Personnellement je possède un bac de 350L (Trigon) principalement SPS, et je viens d’installer une batterie d’élevage regroupant 3 bac de 100L pour la culture de coraux durs.voire de pterapogon et de berghia .
Sinon j’ai aussi un gris du Gabon,et un chat
C’est l’entreprise BOTANIC qui m’ouvre ses portes à Mulhouse, où je prend mes premiers galons, puis un passage dans la société Aux poissons exotiques à St julien les Metz, pour actuellement travailler en temps que responsable aquario (eau douce et eau de mer ) à NILUFAR Lampertheim.
Présentez nous votre entreprise…
Il existe 3 magasins Nilufar, dont le PDG Patrick Hoff, est aussi fondateur de HP aquariums (réalisations de magasins, et fabrication d’aquariums sur mesure). Le magasin où je suis se situe à Lamperthein à quelques kilomètres au nord de Strasbourg. Le magasin est une animalerie (oiseaux, rongeurs, reptiles, accessoires chien chats, pêche et bien sur aquariophilie). Il fait 1300 m² avec la moitié réservé à l’aquariophile.
présentez vos installations…
Le rayon aquariophile est séparé en 3 parties (eau douce, eau de mer et bassin de jardin).
La partie eau douce représente environ 30000L, l’eau de mer 12 000L et l’eau froide 5000L.
Pour l’eau de mer il y a 3 modules differents :
- un module « poissons » représentant environ 7500L, repartit en une trentaine d’aquariums de 100L à 300L.
- Un modules « invertébrés » représentant 2000L ou se trouve les coraux mous, les crevettes, anémones, etc.… le tout dans des bacs éclairés sous T5.
- Un modules coraux représentant 2500L dispose en 4 bacs de 1 mètre sur 1 , où l’on dispose les coraux durs, bénitiers et certains mous.
Il y a aussi une cuve à pierres vivantes.
Pourriez vous développer ? Quelles sont les mesures sanitaires habituelles, le temps que ça prend dans une journée, les routines d’entretien ? Avez-vous des craintes particulières (contagion, malveillance, vol…)
Il y a effectivement des taches journalières qui prennent pas mal de temps ; tout d’abord le matin avant l’ouverture il faut enlever les poissons morts (eh oui même avec des installations optimales, il y a quelques décès - mais surtout en eau douce) ; ensuite vient l’heure de nourrir les poissons, cela prend entre 1H et 2H par jour, car évidement tout le monde n’a pas les mêmes besoins. Ensuite on s’attaque au nettoyage, hé oui les vitres se salissent vite et dans un magasin il faut essayer de les avoir propre en permanence !
Je n’ai pas trop de craintes concernant l’installation qui est relativement stable avec peu de pathologies, par contre nous sommes confronté à un problème grandissant qui est le vol, aussi bien du coté des produits que du coté du vivant (et même en eau de mer !!!!!)
En ce qui concerne la malveillance, j’ai été confronté à ce problème lors de mon passage au poissons exotiques, où une personne mal intentionnée a balancé des pastille de javel dans toute l’installation d’eau douce, je vous laisse imaginer les problèmes…..
Trouvez vous des animaux vraiment surprenant dans les arrivages de poissons, d’invertébrés ou de pierres ? je sais d’expérience que les arrivages ne sont jamais conformes à la liste !
C’est de moins en moins le cas, les fournisseurs font attention à ce qu’ils envoient, le seul risque est lorsque l’on commande un mélange (un box de LPS) on peut se retrouver avec des gonios et autres heliofungia…., heureusement cela arrive beaucoup moins souvent qu’il y a quelques années.
Quels sont les animaux les plus recherchés ?
En fait c’est très variable, en ce moment je vends beaucoup de coraux mous, car c’est le plus facile à maintenir et tout le monde ne veut pas forcément avoir des bac à SPS. Evidemment que se soit pour les mous ou les sps , ce que les gens recherchent c’est la couleur. Pour les SPS les boutures ont largement pris le pas sur les colonies mères (surtout à cause du prix).
Du coté piscicole, les poissons anges ont la cote en ce moment, pas mal de personnes tentent l’aventure dans le récifal, avec je dois dire, pas mal de succès.
Les crevettes et anémones ont aussi toujours la cote
Nous serions très intéressés pour connaître la répartition 20/80 ; disons, le top 5 poissons et le top 5 invertébrés ; et aussi ce que vous pensez de la pertinence de cette répartition (par exemple, si les heliofungia sont N°1 des ventes, il va de soi que ça montre que les acheteurs ne sont pas très responsables)
Le classement des ventes dépend surtout de se que propose le commerçant, car peu de gens sortent des sentiers battus et c’est à nous de leurs montrer ce qui peut se faire.
Mais pour les poissons le classement est assez simple : demoiselles (chromis viridis) amphiprion (A.ocellaris) Chirurgiens en tout genre avec le flav en premier, voilà le trio de tête.
Pour les coraux, beaucoup de coraux mous (sarco, sinularia), les euphyllia plaisent aussi beaucoup et les acropora pour les fan de SPS (mais surtout en boutures).
Quel type de matériel est le plus apprécié ?
Il n’y a pas trop de spécificités et les gens vont, soit sur des matériaux d’entrée de gamme, soit dans des matériaux ayant fait leur preuve comme Tunze pour le brassage. En ce qui concerne les écumeurs, nous ne vendons que pour l’instant du Tunze et du Schuran.
Quant au techniques aquariophiles utilisées, nous orientons nos clients sur la technique berlinoise, car c’est la seule qui peut être applicable de façon sure et répétée. Les méthodes Jaubert et DSB fonctionnent, mais ne sont pas forcément faciles à comprendre pour le client lambda.
Par contre nous voyons encore beaucoup trop de clients qui sont mal orientés, et qui disposent uniquement de filtres extérieurs, qui n’ont pas d’écumeurs ou travaillent avec de l’eau de conduite (catastrophique sur Strasbourg)
Parlez nous de vos clients…
Il y a « un peu de tout » : de l’étudiant, au directeur de banque et passant par des chimistes, des ouvriers. Certains achètent tous les mois une pièce, d’autres sont là tous les jours, il n’y a pas de règles à vrai dire.
En fait on voit que l’aquariophilie c’est démocratisé et toutes les classes sociales peuvent avoir un aquarium récifal chez eux. Par contre il y a beaucoup de clients qui sont également plongeurs, et si tous n’ont pas d’accès au net, ils sont quand même nombreux.
Pensez vous que le développement de l’Internet ait favorisé un développement harmonieux de la discipline, ou au contraire ait plutôt tendance à entraîner des dérives ?
Avec Internet l’accès à l’information est plus facile, ce qui est plutôt intéressant, le problème c’est que sur Internet il y a des gens qui donnent des conseils sans n’avoir jamais eu de bacs ou de réelle expérience, et cela est dangereux. Quand je vois sur des forums comment des anciens qui ont une expérience plus que certaine, se font bouler par des gens qui viennent découvrir que l’eau de mer est salée, cela me met en rogne. De plus on ne sait jamais qui a écrit ce qu’on lit, si c’est un sombre crétin (et il y en a) ou si c’est un aquariophile confirmé, car de nombreux conseils donnés sur le Net me font froid dans le dos.
Quelle a été l’évolution du marché ces derniers temps ?
Il y a en ce moment une stagnation voire une régression de l’eau de mer, sûrement due à la conjoncture économique actuelle.
De plus un aquariophile marin n’a en général que peu de pertes. Ce que je veux dire c’est qu’une fois qu’un aquarium est bien équilibré, les gens ne surchargent pas leur aquariums jusqu'à la rupture (ce qui se fait souvent en eau douce). Bien évidement ils peuvent perdre un corail ou un poisson de temps en temps mais rarement de gros problèmes. Et vous êtes bien placé pour savoir que nos aquariums sont trop vite pleins, ce qui fait que pour pouvoir vendre de nouveaux animaux, il nous faut créer de nouveaux clients. Et donc faire venir à l’eau de mer d’autres aquariophiles.
Comment pensez-vous que cela serait possible ?
Par exemple en démocratisant un peu plus les bac à poissons, le fish only est complètement délaissé alors que l’investissement de départ est nettement moins important, et que l’on peut faire des bacs magnifiques ; de plus l’arrivé sur le marché de nombreux chaetodons d’élevage devrait nous aider dans notre démarche. Ou faire des bacs clés en mains, (les gens achètent directement le bac d’expo du magasin), certes le coté aquariophile n’est pas présent, mais tout nos client n’ont pas forcement la « fibre » aquariophile.
Ces derniers temps il n’y a pas énormément de nouvelles installations, il y a beaucoup de gens qui arrêtent leurs bacs (regardez les petites annonces c’est impressionnant). Ce qui fait que le secteur est un peu en perte de vitesse.
Comment voyez vous l’avenir de ce marché ?
Je n’arrive pas encore à lire l’avenir dans les branches de mes acroporas (mais cela va pas tarder), mais actuellement les gens recherchent au maximum à avoir le prix le plus bas, et le net participe activement à ce phénomène. La VPC a pris une part importante du marché de l’équipement, et cela bien souvent au détriment des petites boutiques. Il faut, pour rester compétitif, se démarquer par le conseil, le service ou la qualité, car un magasin classique ne pourra jamais lutter face au prix de la VPC : ils n’ont tout simplement pas les mêmes charges de fonctionnement.
Il faut que les magasins se regroupent, pour pouvoir avoir un pouvoir d’achat plus important auprès de leurs fournisseurs.
Vous touchez là le point sensible d’un vaste problème !Quels sont les arguments de nature à pousser les gens a consommer de préférence chez le détaillant qu’en VPC ?
IL est clair qu’un magasin proposant du vivant n’a pas les même charges qu’une société de VPC ayant juste des locaux de stockage. Il faut payer les employés, et pour avoir de bon, conseil, avoir des employés compétents et donc les payer en fonction pour les garder. Les charges fixes, comme l’eau et l’électricité sont énormes (multiplier votre facture par le nombre de bacs de votre commerçant) ; ensuite une société de VPC n’a pas ou peu de vol, ce qui est loin d’être le cas dans un magasin classique !
Ce qui me gêne souvent c’est les gens (et ils sont nombreux) qui viennent juste glaner des infos, pour ensuite aller acheter au moins cher (VPC).
Et après il y a le service (SAV rapide, dépannage), il est difficile pour la VPC de pouvoir fournir ce genre de services, que nous réservons à nos clients fidèles.
En ce qui concerne le vivant, de plus en plus de magasin délaissent les vivants en eau de mer, car c’est un secteur ou il faut vraiment se battre pour être rentable. Et bon nombre de sociétés arrêtent le vivant, ce qui va niveler les boutiques vers le haut, les plus compétentes continuerons à faire du marin.
Quelles sont les améliorations à prévoir dans le futur ?
Pas grand chose à se mettre sous la dent à mon avis, car comme le secteur est en perte de vitesse, il n’y a plus énormément d’argent injecté dans les innovations. Tunze reste largement devant au niveau du brassage avec sa nouvelle boite à vagues qui devrait faire un ravage.
Le « miracle Mud » devrait aussi faire son apparition en France. Pour le vivant je pense que l’élevage devrait prendre une place de plus en plus importante, bien que pour l’instant le marché ne soit encore pas prêt.
Votre position est pour le moins inconfortable, entre le marteau et l’enclume, comment ménagez vous la nécessité de vendre (si vous ne proposez pas, le client ira ailleurs) et la prudence de conseil qui s’impose avec ces produits ? (equoalizer, miracle mud, le penac, les souches de bactéries etc)
C’est simple je ne conseille que des choses dans lesquelles je crois, j’ai certains produits en magasin que je ne conseille pas, et les gens se servent seuls ; de plus j’essaye de tester un maximum de produits chez moi, ou dans les installations avant de les conseiller. Nous allons prochainement monter un aquarium de présentation, dans lequel nous allons utiliser le miracle Mud, afin de juger par nous même de son efficacité réelle ou non.
Tout cela me permet de dormir tranquille
La loi est de plus en plus sévère avec les importations, on parle même d’un CITES pour les pierres vivantes, qu’en pensez vous ?
Pour ma part, la législation actuelle est très mal faite, car on ne sais jamais sur quel pied danser entre la convention de Washington, les interdictions spécifiques à l’union européenne, les interdictions spécifique à la France…
De plus les administrations semblent aussi être dépassées. Il est normal de réglementer un tel commerce, mais la façon de le faire n’est pas appropriée. Cependant il est vrai que tout cela est complexe. Mais je suis d’avis que la réglementation limitant les espèces importées se renforce (si cela est fait correctement et de façon uniforme), ce qui permettraient de doper le marché de l’élevage.
Justement, un article est sorti tout récemment parlant d’hippocampes d’élevage. Il y a quelques temps, c’était les loriculus. Avant ça, les bénitiers. Selon les cas, ça va de la révolution (bénitiers, coraux d’élevage) à la limite de l’honnêteté (loriculus) ; le concept de « post-larves d’élevage » ayant fait long feu, pensez vous qu’on parviendra dans un avenir proche a trouver une majorité de poissons d’élevage dans les batteries ?
Plus il y aura d’animaux issu d’élevage, plus notre hobby sera considéré comme propre. Les hippocampe d’élevage sont une réalité, qui maintenant est la seule façon de trouver des hippocampes ; il en est de même pour les bénitiers. Par contre cela a eu un effet sur le prix de ces animaux qui a légèrement augmenté. Pour les loriculus pour l’instant, je n’en ai jamais vu sur les stock-list ou même entendu parler. Les individus issus d’élevage larvaires sont présents sur le marché depuis maintenant 3 ans, par contre ce n’est qu’un début, et le fait que l’on n’ait que des poissons issus de Polynésie française limite énormément l’offre. De plus comme se sont des poissons juvéniles, ils sont souvent moins colorés que leurs homologues sauvages et adultes et sont souvent boudés des clients. Pour ma part j’ai 1/3 de mon installation réservé uniquement à ces poissons.
Il semble que les importateurs fassent de plus en plus d’effort pour fournir du vivant en bonne santé, qu’en pensez vous ?
Certains oui, mais pas tous : certains surfent sur les effets de mode, mais dans la réalité la qualité des animaux a fortement diminué ces dernières années, surtout les animaux provenant des Philippines ou d’Indonésie. Cela s’explique parle fait que les pêcheurs sur place sont exploités et ne sont pas sensibilisés à la protection de l’environnement. Apparemment, on entend partout que cela s’améliore, mais pour l’instant concrètement il y a des provenances à boycotter.
Lesquelles ?
Pour moi les provenances à éviter pour les poissons sont la Phillipine, l’Indonésie, mais ce n’est que du général, cela ne veut pas dire que ponctuellement on ne peut pas trouver des importateurs consciencieux dans ces pays. Sinon les meilleures provenances sont la mer rouge, les maldives, sri-lanka, Hawai, qui sont en règle générale très propres.
De leur coté les clients semblent eux aussi être prêt à payer plus pour avoir de la qualité, qu’en pensez vous ?
NON, pour l’instant, peu de gens sont prêts à faire cet effort. Bien sûr, sur Internet , on entendra toujours dire « moi je suis prêt à dépenser plus pour des animaux de qualité » mais la réalité est souvent différente. Le prix reste le facteur essentiel. La mentalité française est stupéfiante, car même pour des animaux, il faut négocier, et personnellement je trouve cela déplorable, mais bon c’est ainsi.
Le seul poisson qui se vend mieux en élevage, est le clown. Chez nous, sur les espèces classiques, j’essaye de ne rentrer que de l’élevage, mais je suis un peu plus cher que certains de mes confrères moins scrupuleux…
Par contre l’élevage de boutures se porte plutôt bien et c’est plutôt encourageant, car dans l’avenir je pense que les importations de coraux seront purement et simplement interdites.
Etes vous prêt à perdre une vente plutôt que de risquer la vie d’animaux lorsqu’un client ne vous parait pas apte à offrir de bonnes conditions de maintenance à ces derniers ?
Eh bien, c’est une question intéressante, où je n’ai pas de réponse tranchée, car mon rôle est de renseigner mais de vendre également.
Ce que je fais systématiquement c’est que je renseigne au mieux le client par rapport aux exigences des animaux : après libre à lui de l’acheter ou pas. Je n’ai pas le droit de refuser une vente, je peux juste insister fortement pour ne pas le vendre.
J’aurais des centaines d’anecdotes à ce sujet, sans parler des gens qui veulent mettre Némo dans une boule à poisson rouge !
Mais ce qui m’a le plus dégoûté, c’est un client que je connais bien, dont je connais les animaux, qui vient pour m’acheter des poissons, poissons que je lui déconseille fortement (des chromis avec des rascasses, un gros coris avec des crevettes). Après quelques hésitations il repart sans rien.
Le lendemain je le vois en train de discuter avec un collègue qui lui emballe les poissons que je lui avais déconseillé. Mon collègue me dit « il voulait pas que se soit toi qui le serve car il m’a dit que tu n’y connaissais rien… » ...le client s’était bien gardé de lui dire sa population avant d’acheter les poissons….